Belgique La Commission d’enquête sur les attentats se penche sur cette question délicate.

Les musulmans ont-ils, oui ou non, raison de se présenter comme des victimes ? Cette délicate question était au centre des auditions qui ont eu lieu lundi à la Commission attentats de la Chambre, laquelle poursuit ses travaux sur le volet de la "radicalisation".

Il n’y en tout cas pas de "lien direct", prouvé scientifiquement, entre les discriminations à l’emploi et la radicalisation, estime Patrick Charlier, co-directeur d’Unia, cet organisme public qui lutte contre les discriminations, les actes et les discours de haine. Sur 900 dossiers, l’Unia n’a recensé que 25 % qui concernent des discriminations - qu’elles soient liées à l’origine, l’âge, le genre ou les convictions religieuses.

Certes le chômage des jeunes est très élevé à Bruxelles (bien qu’il ait baissé de 37 % sur trois ans pour la catégorie des 18-25 ans), certes de nombreux jeunes issus de l’immigration marocaine sont sans emploi. Mais il n’y a pas de lien prouvé avec la radicalisation.

Younous Lamghari, manager de la diversité à la région bruxelloise, estime qu’il faut parler d’un "large sentiment de discrimination, partagé par les musulmans", principalement dans l’immigration marocaine. "Du côté turc, il y a plus de ressources, tel les un emploi dans la famille ou une proposition de mariage, que du côté marocain, qui est davantage sur le chemin de l’intégration".

Et ce sentiment d’injustice, justifié ou non, est exploité par les recruteurs. "L’emploi reste le facteur le plus important de reconnaissance dans la société, juge Pierre-Paul Maeter, président du Comité de direction au SPF Emploi. Le recruteur donne cette reconnaissance. Il va fournir au jeune une issue. Enfin vient l’héroïsme qui est une reconnaissance survitaminée."

Le "drame" d’Internet

Les réseaux sociaux renforcent ce sentiment de discrimination de même que les théories du complot qui fleurissent au Moyen-Orient ainsi que dans la communauté musulmane.

"Le drame d’Internet est qu’on trouve exactement ce qu’on y cherche, explique Jérôme Jamin, expert en discours conspirationniste à l’université de Liège. Si vous cherchez à confirmer votre vision du monde, vous trouverez très facilement. Celui qui pense que le monde est dominé par les juifs et les Israéliens sera vite conforté dans sa perception. Il trouvera sur Facebook un univers clos où tout le monde pense la même chose. Il sera enfermé dans la blogosphère."

Le même professeur liégeois relève que les musulmans sont confrontés depuis les attentats de 2001 aux Etats-Unis à "un flux médiatique occidental qui véhicule une géopolitique du chaos" venu essentiellement d’un Moyen-Orient en pleines turbulences. Cette constante exposition risque de conforter leur sentiment d’injustice.

Oui, tempère Serge Garcet, un professeur à l’ULg qui a fait le profiling de "returnees" de Syrie, mais le sentiment d’injustice "est aussi un positionnement qui permet de légitimer le discours de l’Etat islamique".

Pour contrer ces discours, l’essentiel est de se centrer sur l’éducation, a conclu la criminologue de l’UCL, Fabienne Brion, d’abord en éduquant les jeunes aux médias sociaux et ensuite en leur apprenant à comprendre le monde "sans recourir à la violence".

Prochaine audition ce mercredi, avec le directeur de la Grande Mosquée de Bruxelles.