Les non-dits de Roger Vangheluwe

J. La. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Un procureur du Roi s’exprime rarement sur un dossier qu’il gère et qu’il va classer sans suite. C’est encore moins fréquent qu’il parle pour répondre, corriger et recadrer ce qu’a dit publiquement la personne qui faisait l’objet de son enquête.

C’est pourtant ce qu’a fait ce week-end le procureur du Roi de Bruges, Jean-Marie Berkvens, dans "De Standaard" à propos de l’interview donnée jeudi soir par l’ancien évêque de Bruges, Roger Vangheluwe.

M. Berkvens est en charge du dossier Vangheluwe qu’il avait ouvert il y a un an, soit après les aveux de Roger Vangheluwe. Il y a deux semaines, M. Berkvens avait indiqué que les faits à charge de Roger Vangheluwe étaient prescrits. Il ne voulait pas dire si celui-ci avait fait une autre victime que le neveu, abusé entre l’âge de 5 et 18 ans, soit entre 1973 et 1986.

Vendredi, M. Berkvens corrigeait une première fois les propos de Roger Vangheluwe, précisant que le second neveu abusé l’avait été pendant deux ans et non pas une année.

Il est allé plus loin dans le quotidien flamand. M. Berkvens n’a pas véritablement été étonné par le fait que Roger Vangheluwe a donné un entretien de quelque cinquante minutes à VT4 et qu’il soit à l’étranger. "Il avait déjà fait clairement comprendre à mes enquêteurs qu’il partirait à l’étranger et que, tôt ou tard, il ferait quelque chose avec la télévision", a dit M. Berkvens.

Le moment choisi par Roger Vangheluwe a cependant interloqué le procureur du Roi qui devait expliquer cette semaine les détails de son classement sans suite au cours d’une conférence de presse. Tout étonnants que puissent paraître les propos de Roger Vangheluwe, ils n’ont pas véritablement surpris le procureur du Roi. "Après le premier interrogatoire, en avril dernier, il apparaissait déjà que cet homme ne comprenait pas véritablement la gravité des faits qui étaient mis à sa charge. Avant de l’interroger, les enquêteurs pensaient qu’ils se trouveraient face à un homme brisé. Mais cela n’a pas été le cas. Au contraire, il s’exprimait de manière légère sur les faits, presque comme si cela était normal."

Ce n’est qu’en juin que les enquêteurs ont appris qu’il y avait eu une deuxième victime. Roger Vangheluwe ne l’avait pas reconnu spontanément lors de ses interrogatoires. C’est ce deuxième neveu, frère du premier, qui a signalé les abus à la police.

"Lorsque nous avions confronté Vangheluwe avec ces nouveaux faits, il a d’abord dit qu’il ne se souvenait pas. Plus tard, il l’a reconnu, mais à la Vangheluwe. Il disait que son neveu était un homme honnête et correct, qui n’aurait jamais menti. S’il le dit, cela doit être vrai disait-il", se rappelle le procureur. Les faits se sont étalés sur deux ans. Au début, le neveu avait 5 ou 6 ans.

Peut-on parler de viol ? Parfois, au sens technique, relève M. Berkvens. Mais dans la plupart des cas, c’était des attentats à la pudeur. Et il semble que Roger Vangheluwe dit vrai quand il dit qu’il n’était pas nu. Mais l’ancien évêque minimise : non seulement la nature des faits mais leur fréquence. "Cela s’est produit à des centaines de reprises, aussi bien pour la première que la seconde victime", dit M. Berkvens.

Roger Vangheluwe déclarait qu’il avait donné à plusieurs reprises un million de francs à la première victime. Celle-ci reconnaît avoir reçu de l’argent, mais bien moins que ce que prétend son oncle. S’agit-il d’une réparation ou d’argent pour que la victime se taise ? Les enquêteurs du parquet de Bruges n’ont pas véritablement tranché, estimant qu’il pouvait également y avoir des nuances entre les deux positions.

La seconde victime aurait commis une tentative de suicide en raison des abus. "Cela a été vérifié, dans la mesure du possible. Mais nous n’avons trouvé aucune indication allant dans ce sens", dit le procureur du Roi de Bruges.

Roger Vangheluwe aurait-il abusé d’autres enfants dans sa famille ? Dans un premier temps, il avait été question d’une de ses nièces. Mais cela a été vérifié et ce n’est pas exact, a confirmé le procureur du Roi de Bruges.

Quant à des victimes en dehors du cercle familial, M. Berkvens ne peut être tout à fait formel. "L’enquête s’est toujours concentrée sur la famille Vangheluwe. Nous n’avons pas épluché toute sa vie. Dans sa carrière, il a dû voir passer beaucoup d’enfants de chœur et formé de nombreux jeunes. Mais nous n’avons pas pu tout vérifier. Cela veut-il dire que M. Vangheluwe n’a pas commis des attentats à la pudeur sur d’autres enfants ? Non, simplement qu’il n’y a pas d’indication dans ce sens", dit le procureur du Roi.

Mais il serait étonné qu’il y en ait car les victimes sont aujourd’hui plus responsabilisées. La chape de silence est tombée. "Aujourd’hui, il n’y a plus aucune raison pour les victimes de ne pas se faire connaître", dit M. Berkvens. Selon de nombreux psychiatres, il apparaît impensable qu’un pédophile ne se soit pas manifesté pendant une quinzaine d’années. Mais M. Berkvens dit constater que Roger Vangheluwe s’en est pris à des membres de sa famille. "C’était peut-être une stratégie. Dans sa famille, il se sentait inaccessible", raisonne le procureur. Il ne peut dire si M. Vangheluwe a protégé des prêtres qui auraient commis des abus, un volet sur lequel travaille le juge De Troy.

J. La.

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM