Belgique

L’avenir des pensions provoque des sueurs froides. Beaucoup se demandent si le système pourra encore être financé dans 10 ou 20 ans lorsque le choc du vieillissement de la population jouera à plein régime. Mais pour de nombreux pensionnés, les temps sont déjà très difficiles aujourd’hui. D’après l’enquête EU-Silc 2007 (portant sur les revenus 2006), 23 % des Belges de plus de 65 ans vivent sous le seuil de pauvreté. En clair, près d’un aîné sur 4 dispose d’un revenu inférieur à 893€ par mois (ou 10715 € par an). C’est beaucoup. La Belgique n’a aucune raison d’en être fière. Le taux de personnes de plus de 65 ans qui vivent en dessous du seuil de pauvreté n’est en effet que de 19 % en moyenne en Europe

Ce sont les femmes âgées qui sont le plus exposées : 25 % d’entre elles vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté contre 21 % des hommes. Cette différence s’explique essentiellement à cause des carrières plus courtes et moins bien rémunérées que connaissent généralement les femmes - et qui génèrent bien évidemment des pensions moins élevées.

Le taux de pauvreté augmente aussi avec l’âge. Le Comité d’étude sur le vieillissement rapporte dans son rapport 2009 que 27 % des plus de 75 ans sont exposées à un risque de pauvreté.

Le manque de revenus amplifie la fracture sociale qui frappe les aînés. Selon des études, 25 % seulement des plus de 65 ans - contre 70 % de la population totale - ont un accès à internet, dont l’importance dans la vie quotidienne ne cesse de grandir. D’autre part, la majorité des aînés disposant d’un faible revenu ne peut se permettre des activités de loisirs ou culturelles. Et que dire de l’accès au logement ? Une pension moyenne s’élève à 925 € par mois. Un hébergement en maison de repos, plus de 1200 euros.

Et heureusement que le Belge a une brique dans le ventre. En effet, plus de 80 % des Belges de 65 ans et plus sont propriétaires. C’est davantage qu’aux Pays-Bas (moins de 50 %), qu’en Allemagne (moins de 60 %), qu’en France (76 %) et qu’en moyenne, dans le reste de l’Europe (75 %). Cela permet à une grande majorité d’aînés de ne pas devoir payer de loyer (leur emprunt est souvent remboursé) ou de disposer d’un revenu locatif pour financer leur hébergement en maison de repos. Grâce à cela, le taux de pauvreté des Belges de plus de 65 ans est sans doute un peu atténué.

Certes, la pension constitue toujours un puissant filet de sécurité. Selon Eurostat, 91 % des personnes âgées vivraient en dessous du seuil de pauvreté si elles ne disposaient d’aucune pension. Mais, comme on a pu le voir, ce filet de sécurité a des mailles trop larges. Plus larges qu’ailleurs manifestement. Difficile de comparer les taux de remplacement d’un pays à l’autre. Les systèmes nationaux sont fort différents. Mais de sérieux indices donnent à penser que le système des pensions belges est loin d’être le plus généreux d’Europe. Par exemple, de nombreux retraités belges bénéficient d’une pension minimum - c’est ainsi le cas pour trois quarts des pensions d’indépendants. Or ces minima sont, pour la plupart, inférieurs au seuil de pauvreté alors que dans les pays européens, ils s’en rapprochent ou le dépassent. Et la pension du second pilier (assurance-groupe) qui sert d’appoint à la pension légale touche peu les faibles revenus. Selon le "groenboek", qui sert de base aux travaux de la Conférence nationale des pensions, deux tiers des bénéficiaires d’une pension du second pilier avaient, durant leur carrière professionnelle, des revenus plutôt élevés (de 20 000 à 35 000 euros pour les hommes, de 17 500 à 27500 euros pour les femmes).

Faut-il relever le montant des pensions ? Plusieurs organisations sociales le réclament. La FGTB suggère ainsi de l’augmenter progressivement d’un quart en relevant progressivement le pourcentage de calcul de 60 à 75 % du salaire promérité pour les travailleurs du secteur privé. Mais seront-elles entendues ? On n’oserait le jurer. L’avenir financier des pensions suscite les plus grandes craintes. Sous la pression de l’Union européenne, tous les pays d’Europe sont en train de freiner l’évolution des montants de retraite. On voit mal la Belgique emprunter le chemin inverse. Le commissaire au plan, Henri Bogaert ne déclarait-il pas ce lundi, dans "La Libre" qu’il fallait "arrêter d’augmenter les pensions" ?

Du reste, le Comité d’étude sur le vieillissement estime, dans ses plus récentes projections, que le risque de pauvreté chez les pensionnés va diminuer "sensiblement" jusqu’en 2030, grâce au relèvement de la Garantie de revenus aux personnes âgées (Grapa) et au relèvement récent des minima de pension. Mais c’était avant la crise

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