Les pensions ? Le "Titanic" !

Vincent Rocour Publié le - Mis à jour le

Belgique

Les gestionnaires du fonds du vieillissement publient généralement le rapport annuel de l’institution en juin. Cette année, le rapport n’est sorti de l’imprimerie qu’à la fin du mois d’octobre. Et sa diffusion a été confidentielle. Seuls les ministres et les présidents d’assemblée en ont reçu un exemplaire. Les habitués du site (www.zilverfonds.fgov.be) peuvent y avoir accès. Mais on doute qu’ils soient très nombreux.

Cette discrétion est inhabituelle. Jusqu’à présent, le président du conseil d’administration du fonds de vieillissement ainsi que les ministres de tutelle - celui du Budget et celui des Finances - conviaient la presse pour présenter le rapport et en décortiquer le détail. Cette fois, rien. "Comme il n’y a plus d’argent nouveau, on ne voyait pas très bien ce qu’on pouvait dire à la presse", commente Marc Boeykens, le président du Conseil d’administration.

Pourtant Marc Boeykens en a des choses à dire. Il les exprime d’ailleurs dans l’introduction du rapport annuel. Et sur un ton qui sort des habitudes généralement établies dans ce genre d’exercice. Dans son texte, le président d’administration du fonds argenté n’hésite pas à comparer le danger qui guette le système des pensions au naufrage du Titanic. "Les historiens parmi nos hommes et femmes politiques, écrit-il, pourraient utilement s’inspirer du drame du Titanic, qui sera sûrement remémoré à mi-parcours de la nouvelle législature. Alors que l’orchestre continuait de divertir ces braves citoyens qui ne se doutaient de rien, le navire prenait déjà l’eau de toutes parts. Les gazettes, sur la foi de personnes passant pour des experts, avaient pourtant promis-juré que ce monument était insubmersible."

Marc Boeykens déplore à mots à peine voilés que le fonds n’est pour ainsi dire plus alimenté. "Si la valeur du portefeuille a enregistré une augmentation non négligeable de 0,7 milliard d’euros, constate-il, celle-ci était toutefois uniquement due aux intérêts. Aucun placement n’est venu à échéance au cours de l’exercice ." Le rapport signale que, fin 2009, le fonds était doté de 16,9 milliards d’euros., Une paille par rapport au défi budgétaire que pose le vieillissement. Ce montant ne représente qu’une demi-année de pension.

"Dans ce contexte, poursuit Marc Boeykens, le conseil d’administration lance un appel clair et net au monde politique afin d’actualiser les règles relatives à notre parastatal, de sorte que le fonds de vieillissement puisse retrouver sa pertinence tant budgétaire que politique qu’il a perdue du fait que la législation n’a plus été adaptée à la situation financière et économique pourtant radicalement modifiée." Difficile d’être plus explicite que cela.

Pour rappel, le fonds de vieillissement a été instauré en 2001 par le ministre du Budget de l’époque, le SP.A Johan Vande Lanotte - aujourd’hui conciliateur royal. L’idée, c’était de mettre de l’argent de côté pour irriguer le système des pensions le jour où les actifs ne pourront plus en assurer seuls la charge.

Dans les premières années de son existence, le fonds a été correctement alimenté. On y a versé le produit de la vente des licences UMTS, des dividendes versées par Belgacom, des bénéfices exceptionnels de la Banque nationale, le produit de la vente de Credibe (l’ex-Office central de crédit hypothécaire), etc. En 2005, le gouvernement décide de rendre le financement du fonds structurel. Il promet le versement des surplus budgétaires qui clôturent alors les comptes de l’Etat. Mais avec la crise politique de 2007 et la crise économique, les surplus ont disparu. Depuis 3 ans et pour quelques années encore, l’Etat affiche plutôt de solides déficits. Le fonds de vieillissement est dès lors privé de recettes nouvelles. Ce qu’on espère, au fonds de vieillissement, c’est que la loi le concernant soit à nouveau modifiée, pour permettre, comme au début, d’alimenter la caisse avec des recettes exceptionnelles.

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