Les poids lourds de la N-VA à Strépy

P.G. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Les transferts d'argent entre la Flandre et la Wallonie (lisez: de la Flandre à la Wallonie) obsèdent depuis longtemps la N-VA, héritière de la Volksunie. Le parti avait déjà organisé quelques actions symboliques en la matière, comme offrir des autos miniatures à des enfants de Hasselt, étant arrivé à la conclusion que chaque ménage flamand offrait une voiture à un ménage wallon tous les deux ans. Sur ce même thème, les nationalistes flamands ont cette fois organisé une action en Wallonie ce jeudi, aux ascenseurs de Strépy-Thieu.

Douze camions ont donc pris la route du Hainaut, prétendument remplis de billets de 50 euros pour un total de 11,3 milliards: le montant des transferts Nord-Sud tel qu'il résulte d'une étude réalisée par l'Abafim (Administratie Budgettering, Accounting en Financieel Management), un service du ministère de la Communauté flamande.

Pour l'occasion, les Régions bruxelloise et wallonne sont mises dans le même panier sudiste. Les transferts se répartiraient comme suit: 1,52 milliard via le budget fédéral, 1,32 milliard au travers de la loi de financement (qui répartit les sommes versées aux entités fédérées) et 3,74 milliards dans le cadre de mécanismes de sécurité sociale. Les 4,72 milliards qui restent sont ajoutés par la N-VA aux montants de l'étude Abafim. Ils concernent des transferts dans le cadre du remboursement de la dette publique, extrapolés à partir d'une étude KUL de 1985.

Le porte-parole de la N-VA se défend de vouloir remettre en question le principe même de la solidarité avec les Wallons, mais «voudrait remplacer le système actuel par une vraie solidarité de Communauté à Communauté». Celle-ci serait basée sur l'objectivité, la transparence et l'efficacité selon les mêmes critères que ceux utilisés pour l'attribution des fonds structurels européens. Soit tout de même un système typiquement fédéral, alors que son parti prône l'indépendance de la Flandre? Si la Flandre accédait à l'indépendance, «les mécanismes européens prendraient le relais...»

Indépendantiste mais...

Toute l'ambiguïté est là: la Nouvelle Alliance flamande est un parti indépendantiste, mais siège au gouvernement flamand. Elle doit donc bien composer avec un cadre fédéral. Elle est en outre en cartel avec le CD&V, qui n'envisage officiellement ni la suppression de la solidarité nationale en matière de sécurité sociale, ni la scission de la dette publique. Et avec à peine 2,7pc d'intentions de vote début 2004, elle ne pouvait pas échapper au cartel.

La N-VA est née à la fin de 2001, «annus horribilis» pour la Volksunie. En janvier de cette année-là, Geert Bourgeois, représentant de l'aile dure et conservatrice de la VU, avait démissionné de son poste de président du parti pour marquer son désaccord avec la signature par les négociateurs VU, dont Bert Anciaux, des accords de la St-Polycarpe. La rupture serait bientôt consommée. En octobre, Geert Bourgeois fondait alors la N-VA, tandis que Bert Anciaux en faisait de même avec Spirit et que d'autres s'en allaient au VLD.

© La Libre Belgique 2005

P.G.