Belgique

Ik ben thuis terug.» De retour à la maison, le ministre flamand Bert Anciaux utilise une nouvelle fois cette corde sensible dont il a le secret pour manifester sa joie de voir un nouveau parti naître sur les cendres de «sa» Volksunie. «Après dix mois de traversée du désert, voilà à nouveau un corps sain», précise-t-il, soulagé. Le nom de ce nouveau parti? Spirit. «Parce que nous voulions que cette appellation signifie quelque chose en soi», explique celle qui a été élue présidente à une large majorité, la députée fédérale Annemie Van de Casteele.

Spirit regroupera les progressistes de l'ancienne Volksunie et les fondateurs du mouvement ID 21. Son principal objectif consistera à défendre en permanence la carte du renouveau, avec un zeste d'esprit rebelle. «Nous devons rester le laboratoire politique de la Flandre», défend Anciaux, dont la popularité constitue un des gages de réussite de ce projet. Catalogué «libéral de gauche» ou «social-libéral», Spirit porte en lui l'essence de son contenu: «Sociaal Progressief Internationaal Regionalistisch Integraal-demokratisch Toekomst- gericht».

«Tourné vers l'avenir», énonce la dernière initiale du nom. Peut-être faut-il trouver là ce qui distingue réellement ce nouveau parti de l'ancienne Volksunie - et singulièrement de l'autre successeur de la VU, à savoir la «Nieuw-Vlaamse Alliantie» de Geert Bourgeois. «Ceux-là regardent vers le passé», insiste Anciaux. Or, précise-t-il, le nationalisme flamand ne serait plus bon, en Flandre, que pour un petit 4 pc des voix. «En outre», disent tour à tour les différents intervenants, «il est grand temps de nous distinguer du nationalisme aigri.» Le Vlaams Blok, jamais cité, est rejeté avec force. Et l'on parle désormais d'un parti «post belge» défendant une autonomie accrue au sein du fédéralisme.

Spirit se lance donc dans la grande piscine politique flamande où une petite dizaine de partis nage pour l'instant. Quelque 800 personnes étaient réunies samedi après-midi dans le cinéma Métropolis à Anvers pour porter ce projet sur les fonts baptismaux. Parmi eux, beaucoup de jeunes, une quarantaine de mandataires locaux et quelques figures notoires: les ministres flamands Van Grembergen et Anciaux, les députés européens Nelly Maes et Bart Staes, la «B.V.» Margriet Hermans, les sénateurs Vincent Van Quickenborne et Patrik Vankrunkelsven.

Pour l'heure, la stratégie de Spirit consistera à «acquérir une notoriété suffisante» sur la scène politique. «Notre position se situe entre trois partis existants», précise Patrik Vankrunkelsven, qui présidait le congrès. «Un mouvement vert un rien crispé, un VLD qui défend les intérêts de ceux que l'on peut décrire comme «j'ai-tout-ce- qu'il-faut-et-je-veux-le-préserver- au-détriment-des-autres» et un SP qui confond l'égalité des chances avec la défense des intérêts de groupes et d'individus.»

Traduction, en cette période de recomposition politique annoncée au nord du pays? «Nous ne serons pas ceux qui aideront le VLD à devenir le nouveau CVP», clame la présidente Annemie Vande Casteele. «Les événements des dernières semaines me rendent amer», prolonge Bert Anciaux. «Je pensais ces petits jeux politiciens terminés.» C'est dit: Spirit veut insister sur le contenu pour devenir le porte- parole de cette génération réclamant une mondialisation plus éthique. Seul, pour l'instant.

© La Libre Belgique 2001