Belgique

Le petit nombre n'est pas forcément un gage d'efficacité. Ainsi, les quelque 140.000 protestants de Belgique ont-ils toujours eu énormément de difficultés à présenter un front uni face aux autorités du pays. C'est que, contrairement à l'Eglise catholique, le protestantisme ne se compose pas d'une seule Eglise mais de toute une série de `confessions´ et `dénominations´ différentes, où bien peu parviennent à se retrouver. Fort heureusement, un pas important vient d'être franchi en vue d'une meilleure visibilité puisqu'était présenté hier à la presse leur nouvel organe représentatif commun: le Conseil Administratif du Culte Protestant-Evangélique (CACPE).

Effective depuis le 1er janvier de cette année, la mise sur pied de cet organe ne signifie nullement une unification du protestantisme dans notre pays. Daniel Vanescote et John van der Dussen, les deux présidents du CACPE, insistent très fort sur ce point: les dénominations gardent leur autonomie dans les questions théologiques et éthiques, ainsi que dans la vie de leur Eglise. Les compétences du nouvel organe sont d'ailleurs clairement définies: organisation des cours de religion protestante, des émissions radio-télévision, gestion des différents services d'aumôneries (prisons, hôpitaux, armée, etc.), reconnaissance des églises locales.

Des négociations intensives

Quatre années de consultations et de négociations furent nécessaires pour parvenir à la constitution du CACPE. En cause, l'extrême diversité des Eglises et dénominations protestantes de Belgique (luthériens, fondamentalistes, libéraux, réformés, calvinistes, darbystes, baptistes, adventistes, salutistes...). Deux tendances majoritaires peuvent toutefois être dégagées de cette nébuleuse: l'une plus `classique´, représentée par l'Eglise Protestante Unie de Belgique (EPUB), jusque-là, seule interlocutrice officielle des autorités civiles; l'autre d'inspiration `évangélique´, représentée depuis 1998 par le Synode Fédéral des Eglises protestantes et évangéliques de Belgique (SF).

C'est donc entre ces deux instances que les débats furent les plus vifs. Car si elles partagent une même foi en Jésus-Christ et insistent pareillement sur l'autonomie des Eglises locales, elles ont également pas mal de divergences, la plus grande portant sur l'interprétation de la Bible. D'où le choix délibéré de se limiter aux dossiers qui concernent les contacts officiels entre les autorités et les cultes reconnus. La structure du CACPE a également été conçue de manière à éviter tout malentendu puisque les statuts prévoient la parité entre l'EPUB et le SF au sein du conseil central et dans toutes les commissions.

Pour les deux présidents du Conseil Administratif du Culte Protestant-Evangélique, la mise en place de ce nouvel organe marque donc une étape important dans le rapprochement entre les deux `branches´ du protestantisme, même s'il n'est pas question d'aller plus loin pour le moment. `Essayons déjà de réussir ceci, a expliqué le Pasteur Daniel Vanescote. C'est déjà un défi suffisamment important à relever. Et pour le reste, nous verrons...´

© La Libre Belgique 2003