Belgique

Objectif constitution wallonne: ses promoteurs allument les moteurs. Jean-Claude Van Cauwenberghe l'évoquera dans son discours de 1er mai à Charleroi. Après quoi, la semaine prochaine, José Happart et lui adresseront un projet de texte aux groupes du Parlement et le présenteront à la presse.

L'initiative pourrait paraître décalée de toute actualité, si elle n'avait pas son équivalent en Flandre. Elle pourrait aussi couler de source, inhérente aux États fédéraux (y compris le nôtre qui reconnaît certaine «autonomie constitutive» à ses entités fédérées), si nous n'étions pas dans une Belgique centrifuge où s'opposent des manières antinomiques d'envisager l'opération (des Flamands y voyant le réceptacle d'une fuite en avant séparatiste, des Wallons jurant qu'il n'en est rien dans leur chef). L'initiative pourrait enfin passer pour indolore, si elle n'émergeait pas d'un parti socialiste qui n'a pu oublier ses rudes empoignades d'antan entre «communautaristes» et «régionalistes»...

Au moins, personne ne sera surpris. Van Cau avait relancé l'idée d'une constitution wallonne devant le Parlement régional le 8 février. La reconversion «radicale-wallonne» de l'ancien ministre-Président, les éclats et querelles entre Flamands sur leur propre projet, les nouvelles cogitations entre francophones sur leurs institutions... tout devait voir aboutir un projet.

Il tient en 150 articles. Contenu annoncé: valeurs fondatrices, primauté de l'intérêt régional sur les intérêts locaux, organisation, droits et devoirs des citoyens... Volonté affichée: renforcer la conscience et le consensus wallons, démontrer la compatibilité de ce renforcement avec les structures de l'État fédéral. À ce qu'on peut savoir, certains de ses dispositifs seraient pourtant incompatibles avec «la» Constitution - ils vaudraient alors «sous réserve» de modifications fédérales... Quant à coller aux velléités de revoir les articulations entre institutions francophones, le texte proposé permettrait à la fois statu quo et modifications.

Socialistes partagés

Qui en est porteur? Outre Van Cau, auteur d'une première copie en 1997 pour l'Institut Jules Destrée (qu'il juge dépassée), on trouve donc le président du Parlement, José Happart. Deux grognards isolés? Non: le projet de décret spécial contenant le texte est co-signé par 4 PS - le chef de groupe (Maurice Bayenet), un fils de son père (Christophe Collignon), un Carolo (Paul Ficheroulle) et une Namuroise (Eliane Tillieux). La liste s'arrête là parce qu'un texte ne peut compter que 6 signatures. De là à penser qu'il est soutenu par une large majorité du groupe, on ne fera pas le pas. D'abord, les relations ne sont pas bonnes: l'establishment socialiste se méfie des initiatives du duo Van Cau (surtout) et JH qui seraient vite considérées comme revanchardes. Et puis, le «place aux vrais problèmes!» adressé au Nord par le président Di Rupo (qu'il répète ci-contre) vaut aussi pour toute tentative interne de remue-méninges (ou ménage) constitutionnel: redressement wallon et solidarité francophone d'abord.

Des priorités que devraient dire siennes, avec des nuances, CDH, MR et Ecolo. De sorte que si la proposition Van Cau-Happart passera difficilement (elle exige une majorité de 2/3), elle risque de nourrir des crispations entre socialistes (d'abord), entre coalisés PS et CDH, entre Wallons, entre francophones.

© La Libre Belgique 2006