Les six assassinats belges de Belliraj

R.P. Publié le - Mis à jour le

Belgique

D'emblée, en annonçant l'arrestation le 18 février d'Abdelkader Belliraj et de 34 autres personnes au Maroc, les autorités chérifiennes avaient fait savoir qu'il s'était rendu coupable de six assassinats à Bruxelles. Très vite, on avait appris que cela concernait l'affaire de la mosquée du Cinquantenaire, dont l'imam-recteur Abdullah Ah-Adhal El Hasi et le bibliothécaire Salem El Behir avaient été abattus le 29 mars 1989, ainsi que le dossier Wybran, du nom du médecin assassiné le 3 octobre suivant.

Même calibre

C'est après l'envoi d'une délégation de policiers belges à Rabat, afin d'établir si, oui ou non, une ou plusieurs commissions rogatoires internationales s'imposaient, qu'on avait appris que le 4e assassinat prêté à Belliraj était celui d'un chauffeur égyptien travaillant pour l'ambassade d'Arabie saoudite. Samir Gahez Rasoul avait été tué le 20 juin 1989 d'une balle de 7,65 mm.

Quant au 5e, il s'agit d'un épicier de Saint-Gilles, Raoul Schouppe, abattu sans plus de raison apparente, le 28 juillet 1988 dans son épicerie bruxelloise proche de la gare du Midi.

Enfin, "La Dernière Heure" a indiqué mercredi que le 6e et dernier meurtre avec préméditation évoqué par le Maroc est celui d'un Bruxellois de 53 ans, Marcel Bille. Belliraj l'aurait abattu le 16 août 1988, à nouveau à l'aide d'un pistolet 7,65 comme pour plusieurs autres faits. Une balle dans la tête, avait relevé la presse à l'époque. Son corps avait été transporté de Koekelberg à Braine-le-Château, localité sous la juridiction du parquet de Nivelles, ce qui explique d'ailleurs que l'identification de son cas, par rapport aux déclarations marocaines, ait été moins rapide, car on pensait l'affaire strictement bruxelloise.

Que faut-il retenir ? Il faut admettre que, entre le dossier marocain, qu'on dit ample, et ce que la Belgique en sait, il reste de la marge. Que le parquet fédéral avait marqué une prudence certaine à l'annonce de l'arrestation de Belliraj et consorts, qui sont suspectés au Maroc d'être de dangereux terroristes, au moins à propos du lien qu'il faut faire ou non entre le terrorisme et les cas évoqués. Que, en revanche, il a donné du crédit aux éléments recueillis à Rabat par la délégation policière belge. Que, interrogé à l'époque par la police belge, Belliraj avait été lavé de tout soupçon, sans être inculpé.

Vingt complices en Belgique

Mais aussi que les mobiles prêtés à Belliraj pour les assassinats sont diffus. A cette aune, le Dr Wybran aurait été tué en tant que juif modéré et représentatif de sa communauté; le recteur Ah-Adhal et le bibliothécaire El Behir parce qu'ils préconisaient le dialogue avec les tenants de Salman Rushdie, auteurs des "Versets sataniques" et sujet d'une fatwa iranienne; le chauffeur Gahez Rasoul parce qu'il travaillait pour un allié des Etats-Unis; l'épicier Schouppe parce qu'il se disait juif; enfin, M. Bille parce qu'il aurait été homosexuel, peut-être avec un ou des partenaires maghrébins. Alors ? Eh bien, on attendra la suite pour forger des conclusions, dans un sens ou dans l'autre.

En attendant, une information de "Het Laatste Nieuws" a scandalisé la justice, mercredi aussi. A savoir que Belliraj a livré à la police marocaine les noms de 20 supposés complices (3 réguliers, d'autres occasionnels) qui l'auraient aidé à commettre ces assassinats, les enquêteurs belges recherchant activement ces individus. "Avertir les intéressés peut nuire à notre enquête" , dit-on dans le milieu judiciaire.

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