Les soldats d'Odin: "Nous ne sommes pas une milice armée"
Les soldats d'Odin ont débarqué en Belgique en janvier. Rencontre avec David, leur leader. Interview.
- Publié le 04-08-2016 à 10h10
- Mis à jour le 04-08-2016 à 11h14

Les soldats d'Odin ont débarqué en Belgique en janvier. Rencontre avec David, leur leader. Bottillons noirs, vêtements sombres, barbe rousse nuancée de gris et veston officiel du groupuscule Soldiers of Odin - Belgium . David, le leader de ce mouvement, avait sorti tout son attirail de militant pour rencontrer nos confrères de La DH dans une bourgade au nord du pays, dans la province de Flandre occidentale. "Je vais quand même enlever ma veste avant de rentrer. Si les gens me voient avec ça, ça peut choquer" , glisse-t-il, tout en enlevant son blouson de cuir.
Et pour cause, depuis hier, Les Soldats d'Odin, un groupe jusqu'ici inconnu au bataillon, est sous les feux des projecteurs : quatre soldats militaires qui étaient entrés dans leurs rangs se sont fait rappeler à l'ordre. "Un jour, ils ont reçu un appel : soit vous quittez le groupe, soit vous perdez votre emploi", explique David.
Le leader avoue ne pas comprendre cette réaction et va plus loin en affirmant que "nous ne constituons pas un groupe d'extrême droite. On dit que nous sommes racistes parce que nous sommes critiques envers la migration. De toute façon, ces jours-ci, dès qu'on ouvre la bouche, on est taxé de raciste !", s'indigne David, qui admet toutefois avoir un passé lié à l'extrême droite et avoir participé à des manifestations du Vlaams Belang dans sa jeunesse.
Les Soldats d'Odin, dieu tout puissant de la mythologie nordique, se sont implantés en Belgique en janvier, après s'être propagés dans les pays scandinaves (lire ci-dessous).
Aujourd'hui, ils sont plus ou moins 600, dont 4 membres permanents qui sont chargés de coordonner les pages Facebook, gérer les dons et trouver des partenariats. Hier, ils ont reçu 80 demandes d'adhésion.
Objectif : "faire quelque chose pour les Belges, pas pour les autres. Quand on voit ce que le gouvernement dépense pour les réfugiés…", continue David. "Quelque chose pour les Belges", signifie en langage odinois : œuvrer pour l'unité entre Flamands et Wallons, récolter des vêtements pour les personnes dans le besoin "au lieu de les donner à ceux du tiers-monde", aider les personnes du troisième âge à se promener pendant une heure l'après-midi.
Tout a commencé à Sijsele, près de Bruges, raconte David. "Les habitants ne se sentaient plus en sécurité. De plus en plus de réfugiés rôdaient dans les rues, prenaient de la nourriture dans les supermarchés sans payer… J'ai des amis au Danemark qui m'ont expliqué ce qui avait été mis en place en Finlande. Je les ai contactés, on a chatté pendant des heures et je me suis dit que je voulais faire la même chose qu'eux ici", raconte David, dont le groupe est déjà ancré dans les provinces de Flandre occidentale, orientale, du Limbourg, du Brabant flamand et à Bruxelles.
Mais "faire la même chose ici", ce n'était pas possible. "On ne peut pas patrouiller en Belgique. Et contrairement à ce qui se dit, nous ne sommes pas une milice armée qui veut casser du migrant".
En Scandinavie, les Soldats d'Odin sont de véritables milices privées. De telles patrouilles ne sont pas autorisées en Belgique : seules les forces de police et l'armée sont dépositaires de la force publique et peuvent en faire usage.
Et si ce n'était pas le cas ? "On n'hésiterait pas", conclut David, son blazer flanqué de l'effigie du Dieu principal de la mythologie germanique et du drapeau tricolore belge posé sur la chaise voisine.
En Scandinavie, les Soldats d'Odin sont des patrouilles antimigrants
En octobre 2015, la Finlande a affronté l'afflux de migrants le plus important qu'elle ait jamais connu. Dans le même temps, elle a dû faire face à la grogne de ses habitants qui, soucieux de leur sécurité, se sont organisés en milice.
C'est dans ce contexte qu'est né le groupe originel d'autodéfense Soldiers of Odin , dans la commune de Kemi, en Finlande, près de la frontière avec la Suède. C'est par là que sont arrivées des centaines de demandeurs d'asile cet automne. Plusieurs week-ends d'affilée en octobre, des manifestants se sont rassemblés à la frontière, pour leur bloquer le passage. Le mouvement s'est ensuite répandu comme une traînée de poudre dans d'autres pays nordiques comme la Suède, la Norvège et le Danemark, où des patrouilles circulent aujourd'hui dans plusieurs villes.
Sur sa page Facebook, la faction finlandaise des Soldats d'Odin assure ne pas être armée et enjoint "les patriotes et ceux qui critiquent l'immigration" à les rejoindre, pour lutter contre l'insécurité causée par ceux qu'ils désignent comme "les intrus islamiques". Ils se proposent d'être "les yeux et les oreilles de la police".
Les Soldats d'Odin comptent aujourd'hui 25 ramifications dans différents pays comme la Pologne, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Estonie, la Hongrie, l'Angleterre et l'Irlande, le Canada et les États-Unis.