Belgique

Le gouvernement fédéral a reçu vendredi soir les représentants syndicaux dans un climat de tension après l'annonce d'un restructuration menaçant plus de 1.200 emplois chez Carrefour. "Nous avons exposé nos revendications, mais pas grand chose n'a changé", a affirmé Delphine Latawiec, secrétaire nationale au syndicat chrétien CNE. "Le gouvernement affiche une bonne volonté de façade", a réagi Myriam Delmée, vice-présidente du Setca.

Les syndicats estiment que les mesures prises par les gouvernement au cours des dernières années ont créé les conditions à des restructurations comme celle annoncée par Carrefour jeudi.

"Il n'y a pas de remise en cause de l'attitude de Carrefour, qui sabre dans ses effectifs tout en continuant à verser des dividendes constants à ses actionnaires", a noté Myriam Delmée.

"Le gouvernement joue les pleureuses, mais c'est trop tard. Il a réduit à néant les conditions de travail de qualité avec l'élargissement des flexi-jobs, l'assouplissement du travail étudiant, du travail de nuit, du travail à temps partiel...", avait-elle relevé avant la rencontre.

Dans un communiqué, le syndicat libéral CGSLB a dit espérer "recevoir rapidement de la direction de Carrefour des informations précises concernant ses projets d'avenir et entend bien consacrer tout le temps nécessaire aux négociations". La CGSLB estime par ailleurs que le gouvernement "doit prendre maintenant des mesures contre les entreprises qui recourent à des licenciements collectifs alors qu'elles ne sont pas en difficulté et doit empêcher que des entreprises qui, comme Carrefour, procèdent à un licenciement collectif inutile, engagent par après d'autres travailleurs sous le statut de flexi-job".

"Nous avons reçu les représentants des travailleurs pour les écouter et entendre leur analyse", a déclaré à l'issue de la rencontre le Premier ministre Charles Michel. "Le gouvernement se tient disponible pour soutenir leurs efforts afin de réduire le nombre de licenciements."

Les représentants du gouvernement ont auparavant rencontré la direction de Carrefour. "Nous leur avons posé beaucoup de questions. Nous leur avons donné un message ferme pour qu'ils assument leurs responsabilités légales", selon Charles Michel.

Les syndicats se rendront au conseil d'entreprise le 31 janvier, a indiqué Myriam Delmée.

Une nouvelle prise de contacts entre les gouvernements belge et français est en outre prévue mardi, a indiqué le ministre de l'Emploi Kris Peeters, qui a souligné prendre le dossier "très à coeur".

La ministre des Affaires sociales Maggie De Block et le ministre des Finances Johan Van Overtveldt étaient également présents à la rencontre de vendredi.


Maggie De Block : "Les prépensions ne sont pas la solution"

Plusieurs membres du gouvernement ainsi que des représentants de la direction de Carrefour Belgium sont arrivés vendredi vers 15h au Lambermont, la résidence officielle du Premier ministre, à Bruxelles. Le groupe de distribution a annoncé jeudi un plan d'économies menaçant plus de 1.200 emplois. "Les prépensions ne sont pas une solution pour tous les travailleurs, un autre emploi en est une", a affirmé la ministre des Affaires sociales Maggie De Block en arrivant au Lambermont. "La législation sur les prépensions continue à exister, mais ce serait un mauvais signal."

Un écho à la déclaration du ministre des Finances Johan Van Overtveldt qui se déclare opposé au recours aux prépensions pour amortir le choc social. Son homologue wallon Jean-Luc Crucke participe également à la rencontre. Kris Peeters est arrivé sur place, relevant sa volonté d'écouter la direction de Carrefour, de poser des questions et de tenter de diminuer le nombre de travailleurs licenciés. Des contacts sont entrepris avec les autorités françaises, a-t-il ajouté. La France doit faire face à la suppression de 2.400 postes, comme l'a annoncé Carrefour mardi.

Carrefour Belgium était représenté au Lambermont par Hilde Decadt, directrice opérationnelle, et Geoffroy Gersdorff, secrétaire général.


Un plan pour accompagner les travailleurs licenciés

Les organismes publics de l'emploi et de la formation des trois Régions du pays ont été chargés vendredi par les ministres régionaux compétents de leur soumettre, d'ici le 19 février, un plan d'action global permettant d'activer dès que nécessaire des mesures d'accompagnement pour le reclassement des travailleurs de Carrefour. Ce plan visera en particulier ceux qui, in fine, seront concernés par une perte d'emplois que la direction a chiffrée, avant négociation, à 1.233. On a appris par ailleurs vendredi après-midi à bonne source que le ministre bruxellois de l'Emploi rencontrera la direction de Carrefour la semaine prochaine à un moment encore à déterminer. C'est dans la Région-capitale que Carrefour Belgium à son siège social.

Vendredi midi, les directions d'Actiris, du Forem, du VDAB et de Bruxelles Formation - ont reçu un mandat pour préparer un plan global d'accompagnement des travailleurs, lors d'une réunion dite "d'urgence" entre les trois ministres régionaux de l'Emploi et de la Formation.

Didier Gosuin (Bruxelles), Pierre-Yves Jeholet (Wallonie), et Philippe Muyters, se sont vus au cabinet du premier cité, à Bruxelles, pour fixer à brève échéance un plan d'urgence social et faire travailler ensemble les organismes de l'emploi et de la formation dépendant d'eux.

A l'issue de la réunion, les trois ministres ont insisté sur leur volonté de permettre un reclassement aussi rapide des personnes touchées par le plan annoncé par la multinationale. Dans ce contexte, il sera demandé à Carrefour d'établir une liste des compétences de chaque personne qui perdra son travail afin de l'accompagner le mieux possible vers un nouvel emploi.

"Mais la première chose est de mettre Carrefour devant ses responsabilités pour limiter les pertes", a commenté Pierre-Yves Jeholet, rejoignant en cela des propos tenus, avant la réunion, par Didier Gosuin devant le parlement bruxellois.