Les universités rejettent le nouveau projet de réforme

Laurent Gérard Publié le - Mis à jour le

Belgique

Souvenez-vous. C’était le 17 janvier dernier. L’Olivier francophone annonçait fièrement un accord politique entre PS, Ecolo et CDH sur la réforme du paysage de l’enseignement supérieur, un dossier sur lequel patinait la majorité depuis des mois. L’astuce qui permettait à chacun de trouver son compte ? L’introduction d’un niveau intermédiaire dans la future structure : entre l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (l’Ares), appelée à chapeauter l’ensemble des institutions en Communauté française - universités, Hautes Ecoles (HE), Ecoles supérieures des arts (Esa) et établissements de promotion sociale - et les cinq pôles géographiques, regroupant les institutions présentes sur un même territoire (Bruxelles, Brabant wallon, Hainaut, Liège-Luxembourg et Namur), on introduisait trois "zones académiques interpôles" (Bruxelles-Brabant, Hainaut, Liège-Luxembourg-Namur), soit des instances regroupant les établissements d’un ou plusieurs pôles et chargées de développer l’aide à la réussite et, surtout, de rendre des avis sur les nouvelles habilitations (les études qu’il est permis d’organiser) dans l’enseignement supérieur de type court. Un niveau supplémentaire réclamé par l’UCL (et le CDH), qui tenait là enfin "l’insécabilité" de Bruxelles et du Brabant wallon qu’elle réclamait depuis si longtemps, afin de conserver son influence et ses possibilités de collaborer avec les Hautes Ecoles catholiques dans la capitale.

Cet accord politique une fois engrangé, le ministre compétent Jean-Claude Marcourt (PS) se voyait autorisé à consulter les différents acteurs : institutions, syndicats, étudiants. Après plusieurs avis très critiques des Hautes Ecoles (HE), des Ecoles supérieures des arts (Esa) ainsi que des syndicats, ce sont les universités qui viennent de rendre leur copie, par l’entremise du Ciuf, le Conseil interuniversitaire de la Communauté française. Un avis, daté du 13 mars, qui montre une nouvelle fois les divergences entre l’UCL et les autres universités (ULB, ULG, UMons, UNamur et St-Louis), mais qui relaie aussi des critiques unanimes sur plusieurs points.

1- Le financement. L’avant-projet n’évoque nullement cette question, ce que déplorent les universités. L’avis mentionne que "toutes les composantes du Ciuf se montrent très inquiètes quant au financement de l’enseignement supérieur, quant au mode de répartition des moyens entre les institutions et tout particulièrement en raison de la réforme qui rassemble dans l’Ares les universités, les HE et les Esa." Dans leur avis, les HE exigeaient que le nouveau décret sur le financement soit analysé concomitamment au décret paysage. Les universités leur emboîtent le pas.

2- Le statut de l’Académie. Si l’Ares, en tant qu’instance large de concertation et de collaboration, est "unanimement acceptée", ses pouvoirs et mode de fonctionnement sont "largement imprécis" et son statut juridique "n’emporte pas l’adhésion". Lui imposer un contrat de gestion avec la Communauté française est perçu comme un renforcement du contrôle politique, d’autant plus que son secrétaire général serait désigné par le gouvernement.

3- Le parcours de l’étudiant. Le texte prévoit la disparition du concept d’année d’étude au profit d’un système d’accumulation de crédits, qu’une majorité des membres du Ciuf pourrait accepter pour l’organisation des masters, mais qui, pour les bacheliers, "présente plusieurs difficultés" (notamment, l’inscription en 3e bac devrait être conditionnée à la réussite de tous les cours de bac 1).

4- Les zones académiques interpôles. C’est ici que le consensus interuniversitaire s’effondre. Sans surprise, l’UCL demande le respect de l’accord du 17 janvier, qui confie à ces zones interpôles la négociation de questions académiques, tandis que les ex- "pôles académiques d’enseignement supérieur" deviennent des "pôles géographiques" où seraient réglées des questions de partage d’infrastructures et de proximité au service de l’étudiant. Les autres universités demandent au contraire l’abandon des interpôles, estimant qu’ils compliquent inutilement la structure et que les craintes exprimées par l’UCL de risque d’enfermement dans les pôles ne sont pas justifiées. Dans un esprit de consensus, les autres universités proposent de déplacer les prérogatives dévolues aux zones vers l’Ares, structure la plus ouverte par définition.

5- Les habilitations. L’avant-projet prévoit que les nouvelles habilitations soient accordées à plusieurs établissements du pôle dispensant des études du même domaine, qui devront dès lors co-organiser le nouveau diplôme. La majorité des membres du Ciuf sont favorables à cet octroi sur base géographique, afin de limiter les concurrences stériles entre institutions. Mais l’UCL, ici aussi, se désolidarise : pour elle, la régulation de la concurrence doit se faire sur d’autres bases. Quant à l’obligation d’inviter les autres établissements du pôle, elle est, selon l’UCL, contraire à la liberté d’association : "Il ne peut être question de forcer des acteurs à travailler ensemble, au risque de brider les projets et de nuire à la qualité de l’offre." Une fois de plus, l’UCL apparaît isolée. On notera cependant que ce passage consacré aux habilitations a fait l’objet de très nombreux commentaires, venant de toutes les universités. Saint-Louis, par exemple, pense qu’"un établissement qui veut torpiller une collaboration entre deux autres établissements a tout intérêt à faire savoir qu’il veut y rentrer, et à jouer l’obstruction systématique par la suite". Et de se demander si la fonction de médiation de l’Ares est suffisante.

On le constate, Jean-Claude Marcourt a encore du pain sur la planche s’il veut rallier l’ensemble des acteurs à son projet. Le ministre a annoncé le dépôt d’un texte au gouvernement d’ici fin mars. Les discussions avec les partenaires [?] CDH et Ecolo s’annoncent, à nouveau, homériques.

Publicité clickBoxBanner