Les vérités dérangeantes de Sybille de Sélys

Laporte Christian Publié le - Mis à jour le

Belgique Ce n’est, évidemment, pas une coïncidence… Ce mardi, la chaîne privée flamande "Vier" et demain soir, RTL-TVi - (qui en a racheté les droits pour la Belgique francophone) diffuseront la première partie d’une interview exclusive de la baronne Sybille de Sélys Longchamps due à Eric Goens, ancien responsable de l’info de VTM qui travaille aujourd’hui pour l’autre chaîne privée nordiste.

Un double reportage au titre provocateur "Notre fille s’appelle Delphine" qui va faire du bruit. En effet, contrairement aux interviews précédentes données depuis la révélation grand public de leur relation en 1999 dans le livre de Mario Danneels sur la reine Paola par celle qui partagea en partie la vie du prince Albert pendant dix-huit ans, cette dernière tient des propos très durs à propos de l’ensemble des membres de la famille royale. Ces propos ne manqueront pas de susciter des commentaires de désapprobation. C’est si vrai que la chaîne francophone a estimé devoir compléter la diffusion de la première partie, juste après le Journal de 19 h de ce mercredi, par un débat.

Pour Eric Goens, le journaliste-producteur de "Vier", le reportage en deux volets n’entend pas faire scandale mais est "une contribution importante à une meilleure connaissance de notre monarchie". Le lecteur jugera mais il s’impose de préciser d’emblée que comme le dit le titre du débat c’est "la vérité d’une mère" contre celle de la famille royale dont on sait qu’elle peut difficilement se défendre lorsqu’il est question de sa vie privée.

Pas tant qu’Albert était roi…

L’initiative émane du journaliste flamand. Il était en fait en contact avec Sybille de Sélys depuis une bonne année. Dans un premier temps, la mère de Delphine avait refusé mais avait finalement marqué son accord sur sa réalisation et sur sa diffusion par un contrat garantissant que le documentaire ne serait pas diffusé tant qu’Albert II était sur le trône. Pour Goens, la baronne ne voulait pas paraître rancunière ni nuire à la monarchie. Finalement, le journaliste a fait quelque dix heures d’enregistrement dans sa maison en Provence et à Uccle. A l’évidence, une certaine complicité s’est installée entre le journaliste et son interlocutrice puisqu’une de leurs retrouvailles dans le Midi commence par un baiser.

Cette rencontre - qui ouvre le reportage - ne se passa pas n’importe quand : Goens devait retrouver Sybille de Sélys le 3 juillet, soit le jour-même de l’annonce de l’abdication du roi Albert. On la découvre donc en train d’écouter son discours espérant jusqu’au bout, qu’il évoque leur relation ancienne et admette sa filiation présumée avec Delphine.

Panne de bateau

Il n’en fut rien et on assiste alors à un échange téléphonique où elle exprime sa grande déception à sa fille. Un moment de tendresse entre une mère et sa fille mais le ton monte au fil des séquences où la baronne raconte sa première rencontre avec le prince en 1966 à l’ambassade belge d’Athènes où elle était allé soutenir son père victime d’une lourde chute. Un problème de bateau avait amené le frère du roi Baudouin à résider temporairement sur place. A grands renforts de détails, elle explique alors la naissance et le renforcement de leur relation que le roi Baudouin voyait d’un très mauvais oeil au point d’avoir convoqué l’ambassadeur dans sa villa espagnole.

A propos de la naissance de Delphine, la baronne explique qu’elle avait menti sur sa date à son mari, ne voulant accoucher en présence de celui-ci Jacques Boël avec lequel elle était déjà en conflit. Mais le prince Albert n’était pas davantage présent, ce jour-là ce qui selon la baronne ne l’empêcha pas de lui envoyer un grand bouquet de roses.

Au fil des minutes, le ton se fait plus incisif à propos des relations d’Albert avec son épouse et l’éducation de leurs enfants. Jusqu’à y perdre son sang-froid ? Sans doute lorsqu’elle parle de la princesse Paola et de son manque d’affection pour ses enfants sauf pour Laurent mais davantage encore lorsqu’elle évoque Philippe. Et comme pour expliquer que tout cela se tient, elle se demande si Léopold III aimait vraiment ses enfants. Des assertions que d’aucuns trouveront outrancières là où d’autres estimeront qu’elles reflètent le mal-être d’une femme blessée. Toujours est-il que la seconde partie - dont nous n’avons vu que quelques images - ne devrait pas rectifier le tir : la baronne de Sélys y évoque la fin de leur relation et les conditions imposées par le Palais et le gouvernement afin de permettre un divorce. L’une d’elles était que la seconde épouse du prince ne pourrait rencontrer les enfants d’Albert. C’est cela qui l’aurait déterminée à s’effacer. Dans la seconde partie, elle tiendra aussi des propos très durs contre le rôle de l’Eglise.

L’occasion de recentrer cependant le fait qu’il n’y ait finalement pas eu de divorce. Eric Goens affirme qu’Albert II était prêt à renoncer au trône en tant que premier successible mais si on fut à deux doigts d’une séparation en 1969 puis encore quelques années plus tard, la raison d’Etat a fini par primer : comme le prince Philippe était encore très jeune dans le premier, et toujours mineur dans le second, il aurait fallu prévoir une Régence en cas de disparition inopinée du roi Baudouin. Une situation qui eût été délicate pour la Belgique agitée par ses démons communautaires… 

Laporte Christian

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