Belgique

Qui succédera à Mia De Vits, l'ex-présidente de la FGTB aujourd'hui député européen SP.A? Deux hommes sont en lice: Carlos Polenus, le vice-président du Setca et Rudy De Leeuw, l'actuel secrétaire national de la FGTB. Le premier a pour l'instant le soutien d'un plus grand nombre de centrales professionnelles. Mais l'issue du scrutin reste incertaine. On sera fixé le 15 septembre.

Mais pourquoi, au juste, Mia De Vits a-t-elle jeté l'éponge en mars? Pour les commentateurs de l'époque, celle qui fut la première femme à diriger un syndicat belge a payé pour son incapacité à arbitrer les dissensions entre l'aile flamande et l'aile wallonne de la FGTB à propos du délicat dossier du contrôle des chômeurs. Cela a sans doute joué. Mais pour partie seulement. La date et la succession de certains événements indiquent que des éléments d'ordre interne ont également lourdement pesé dans son départ.

Pour comprendre, il faut remonter au 8 juillet 2002, date du licenciement par les responsables du Setca fédéral (centrale des employés) du patron du Setca de Bruxelles-Hal-Vilvorde, feu Albert Faust, et de la mise sous tutelle financière de sa section. Motif? Comptabilité opaque et mauvaise gestion. Mia De Vits appuie ouvertement l'opération. Mais ses relations avec le président du Setca fédéral Christian Roland tournent à l'aigre ensuite. Quand? On ne le sait pas exactement. Ce qu'on sait, c'est qu'en octobre 2003 un courrier signé par son avocat arrive chez le juge d'instruction Michel Claise chargé de faire la lumière sur le dossier. L'auteur de la lettre s'interroge sur des versements à partir de comptes gérés par des permanents du Setca bruxellois et sur lesquels, semble-t-il, se trouvait le montant de primes syndicales non repris dans la comptabilité générale de la section.

Rapport d'audit

La présidente de la FGTB ne s'arrête pas là. Elle demande à la Commission financière de la FGTB - la cellule d'audit interne à l'organisation - d'éplucher la comptabilité du Setca Bruxelles-Hal-Vilvorde toujours assurée par le fédéral. Ce qui est fait. Des contrôleurs débarquent à la place Rouppe le 8 janvier, le 13 janvier et le 5 février 2004.

La Commission financière remet son rapport d'audit le 25 février. Elle ne se montre pas tendre avec les nouveaux gestionnaires de la place Rouppe. Les contrôleurs de la FGTB notent tout d'abord qu'un certain nombre de renseignements ne leur ont pas été communiqués. Ils disent ainsi ne pas avoir pu consulter l'organigramme du personnel, les fiches de paie, la situation des dettes à l'égard de tiers, l'inventaire des comptes bancaires, etc. La Commission financière révèle également que des charges sociales ne sont pas prélevées sur une partie des doubles pécules de vacances, que des dépenses effectuées par certains permanents au moyen de cartes de crédit ne sont pas « justifiées à l'aide de pièces adéquates » ou qu'« aucune provision n'a été constituée dans le cadre du futur procès Faust et pour les éventuels procès à venir ». Le rapport de la Commission financière évoque enfin la trace de versements venant de comptes bancaires gérés par deux permanents de la place Rouppe et qui n'ont pas été enregistrés auparavant dans la comptabilité. « Quid de l'historique des mouvements financiers? », lit-on.

Mia De Vits envoie le contenu de ce rapport aux présidents de centrales. Elle commet là une terrible erreur d'appréciation. Christian Roland entre dans une colère terrible. Il estime que le contrôle de la Commission financière repose sur du vent et est totalement orienté par la présidente de la FGTB - lors d'une conférence de presse, il parlera même de tentative de déstabilisation. Les présidents de la plupart des autres centrales le soutiennent. Ils n'acceptent pas la manière dont il a été traité. Ils estiment avec Christian Roland que la Commission financière a outrepassé son pouvoir d'investigation. Et craignent de perdre leur autonomie s'ils laissent faire Mia De Vits.

La FGTB flotte pendant une semaine. Mia De Vits le sait: elle a été lâchée par ses barons. Elle finit dès lors par accepter la proposition du SP.A de tirer sa liste européenne. Elle annonce son départ le 8 mars. Sa succession ne sera clôturée définitivement que dans 10 jours.

© La Libre Belgique 2004