Belgique

Discrète mais certainement plus secrète, ce dont attesta l'interview accordée par le Grand Maître du Grand Orient à "La Libre" en octobre dernier, la franc-maçonnerie continue à susciter bien des fantasmes. Bon an, mal an, le sujet revient pendant les périodes creuses de l'actualité dans les médias. L'occasion de se livrer au petit jeu des appartenances. De personnalités décédées mais également encore en vie... Un "marronnier", comme on dit dans notre jargon, pour un sujet récurrent qui dope les ventes assoupies.

Mais des esprits moins bien intentionnés ont d'autres visées en reparlant de la société de pensée philosophique : les maçons se voient toujours attribuer des pouvoirs et une puissance qu'ils n'ont jamais eus que dans l'imagination très fertile des amateurs de grands complots. Reste que ce "complotisme" entretenu avec ferveur par la droite extrême a fait des ravages : en rendant publiques dans la presse catholique à la veille de la Seconde Guerre les listes de membres supposés des ateliers - supposés : les maçons ne se dévoilent que s'ils estiment devoir le faire... -, les Nazis et leurs séides ont pu arrêter rapidement les "frères" pendant le conflit. Une officine collaborationniste fut d'ailleurs créée à cet effet.

Beaucoup de maçons résistants ont été déportés et sont morts dans les camps. Cette forme d'identification s'est aussi étendue, ces dernières années aux personnalités juives actives dans la presse, question de faire accroire l'idée que les médias seraient aussi contrôlés.

Si certains sites extrémistes affichent la couleur, il y a une manière plus sournoise de faire passer le message : la fameuse encyclopédie contributive Wikipedia.

Dire tous ses engagements ?

Jiri Pragman qui pilote le "Forum maçonnique" a ainsi relevé que l'on peut trouver une liste de francs-maçons belges sur le Wikipedia néerlandophone. "Si la liste contient des noms de francs-maçons historiques et décédés, elle dévoile aussi des maçons vivants. Pour certains, il n'y a pas de véritable révélation puisque des auteurs par exemple affirment leur appartenance, mais dans d'autres cas, notamment dans celui d'hommes et de femmes politiques, on constate bien une volonté manifeste de mettre sur la place publique une appartenance (ou prétendue telle) qui relève de la vie privée."

Mais qui a intérêt à publier ces listes ? Jiri Pragman a fait une découverte plus inquiétante : un de ses principaux fournisseurs serait un certain Stijn Calle qui est un militant très actif de la section d'Eeklo du Vlaams Belang où il se charge des contacts avec les... médias ! Le site de Wikipedia livre une discussion entre un internaute et ledit Stijn Calle. Interrogé sur son zèle à publier la liste, le militant du VB, un brin ennuyé, répond d'abord par une autre question sur l'utilité de Wikipedia. Mais il confie ensuite que "pareille liste est particulièrement utile car l'appartenance à la maçonnerie en Belgique est protégée un peu craintivement. C'était peut-être compréhensible il y a un siècle, mais certainement plus aujourd'hui". Brrrr...