Belgique

Au 1er janvier 2016, plus de 43 000 ménages (dont 95 % de Bruxellois) entraient dans les conditions d’octroi du logement social à Bruxelles. Nombre d’entre eux devront attendre des années avant d’obtenir un appartement ou une maison pour leur famille. Face à cette situation, les pouvoirs publics tentent de construire et de rénover un maximum de logements sociaux.

De la meilleure des manières ? Pas tout à fait, selon Défi (ex-FDF), parti de la majorité régionale. Son chef de groupe au Parlement bruxellois propose donc une rationalisation qu’il estime relativement simple à mettre en œuvre et pouvant "faire entrer entre 3 000 et 4 000 ménages dans le logement social d’ici cinq à dix ans". Il s’agit de jouer sur les quelque 7 000 chambres inoccupées du parc de logements sociaux actuellement en location à Bruxelles. Un chiffre qui serait même sous-estimé. Interrogé par "La Libre", le cabinet de la ministre du Logement Céline Fremault (CDH) avance le chiffre de 9 442 chambres inoccupées à Bruxelles.

De trop grands espaces

Emmanuel De Bock est également administrateur-délégué de la Société uccloise du logement (SUL) qui gère un millier de logements sociaux. Son constat est sans appel : son parc de logements est globalement sous-occupé. En clair, nombre de logements sociaux ucclois de deux, trois, voire quatre chambres sont parfois habités par des ménages qui n’ont théoriquement pas besoin de tant d’espace.

Ce constat est tiré du calcul du nombre de chambres par rapport à la composition des ménages bénéficiant des logements sociaux. Résultat : 773 chambres sont potentiellement libres à Uccle. Ce cadastre, porté à l’échelle des 19 communes bruxelloises, donne un total de 7 168 (9 442 pour la ministre Fremault) chambres disponibles (en 2014).

La réglementation permet de rééquilibrer l’occupation de ce parc locatif. On parle alors de "mutation" du ménage dans un autre logement plus petit, lorsque, par exemple, les enfants quittent le domicile familial. "On n’a jamais encouragé la mutation, déplore Emmanuel De Bock. Sur tout Bruxelles, en 2014, il n’y en a eu que 600 sur un parc de 36 000 logements. A Uccle, j’en ai 11 par an, mais je ne peux pas faire autrement car je n’ai pas suffisamment de logements de petite taille à offrir aux locataires dans un rayon de 5 kilomètres, comme l’exige la réglementation. Si j’avais plus de logements "une chambre", je pourrait libérer plus de trois, quatre ou cinq chambres et loger rapidement de grandes familles."

S’adapter aux besoins

Il faut donc changer de logique, selon le député : encourager la création de logements d’une chambre afin d’effectuer un maximum de mutations et satisfaire la demande importante en grands logements. "Si on propose du logement neuf, peu coûteux au niveau des charges, cela peut convaincre plus facilement les locataires de déménager", estime-t-il. D’après les statistiques de 2014, une pénurie de logements d’une chambre se ferait durement sentir (près de 11 000 unités nécessaires).

Naturellement, la Région de Bruxelles-Capitale construit des appartements une chambre. "Mais tout nouveau projet doit comprendre au moins 30 % de grands logements, ce qui est parfois aberrant, pointe Emmanuel De Bock. On pourrait facilement faire tomber ce quota afin de mieux coller aux réalités des besoins des différentes sociétés bruxelloises de logement social."

La ministre Céline Fremault annonce avoir pris un arrêté "visant à favoriser la dynamique des mutations au sein du secteur". "Cette dynamique demande un temps d’adaptation nécessaire pour les sociétés qui veilleront à une occupation plus rationnelle des logements", dit encore son cabinet.