Belgique

Pendant l’année de son deux centième anniversaire, le Barreau de Bruxelles n’a pas manqué d’évoquer la mémoire de quelques-uns de ses plus éminents membres. Entendez : pas les plus hauts ou les plus beaux parleurs mais ceux qui par leur comportement ont fait honneur aux valeurs et à l’indépendance de l’avocature. Des avocats qui n’ayant que le droit pour se défendre ont fait preuve d’un grand courage à l’égard de l’autorité qui quittait, elle, les voies démocratiques pour imposer sa vérité par la force. Parmi eux, il y eut tel avocat qui osa braver Napoléon en 1813 ou ces sept autres qui, 6 ans plus tard, s’opposèrent au gouvernement hollandais de Guillaume Ier mais aussi le bâtonnier Léon Théodor déporté en Allemagne pendant la Première Guerre parce qu’il s’opposa à la politique de l’Occupant. Ou encore ces dizaines d’autres avocats déportés ou morts au champ d’honneur en 14-18 ou en 40-45. Et puis, il y eut aussi le bâtonnier Braffort élu le 4 juillet 1939 et dont la charge fut un véritable calvaire. Peu avant la libération de Bruxelles, il fut en effet enlevé et abattu par les rexistes parce qu’il avait refusé de collaborer avec l’Occupant en ne publiant plus le tableau des avocats. Ce faisant, il avait ôté à l’ennemi toute possibilité d’identification et de radiation des avocats juifs.

La mémoire de Louis Braffort n’est pas seulement inscrite dans l’histoire des rues bruxelloises, plus particulièrement à Etterbeek, mais elle est bien présente aussi au premier étage du Palais de Justice où la salle de réunion du Conseil de l’Ordre lui est dédiée. Elle est aussi en bonne place dans le bureau du bâtonnier Jean-Pierre Buyle où l’on peut voir une statuette de Saint-Louis récupérée - après sa mutilation par des inconnus le 12 avril 1948 - dans la chapelle de campagne érigée en souvenir du bâtonnier à Wambeek, dans le Payottenland, là même où les séides des Nazis déposèrent sa dépouille frappée de quatre balles dans la nuque, deux jours après l’avoir enlevé le 22 août 1944. "Nous ne voulions pas terminer l’année du bicentenaire du rétablissement du Barreau sans rendre hommage à Louis Braffort qui est un modèle pour nous tous" explique le bâtonnier francophone Jean-Pierre Buyle. "Comme l’endroit sis à la frontière de Lennik a déjà subi divers assauts de vandales et nécessite régulièrement des travaux de restauration, nous envisageons, mon collègue flamand Dirk Van Gerven de nous y rendre prochainement pour faire un état des lieux mais aussi afin d’envisager, pourquoi pas ?, un nouvel hommage à l’occasion des 70 ans de l’événement en 2014 comme cela fut fait par nos prédécesseurs à l’occasion du cinquantenaire de la Libération." Mais les Ordres français et néerlandais du Barreau de Bruxelles n’attendront pas deux ans pour rappeler l’héroïsme du bâtonnier Braffort.

"Il avait 53 ans lorsqu’il prit la tête du bâtonnat. Avocat réputé et reconnu, il était aussi un des grands professeurs de l’UCL, auteur d’un traité de droit criminel et un des fondateurs de l’Ecole de criminologie". Louis Braffort préconisait aussi un système pénal qui serait moins tourné vers l’acte que vers l’individu. Un tout grand monsieur qui n’en cultivait pas moins la simplicité et la modestie. Il devint pourtant un véritable héros. D’abord en bravant le général von Falkenhausen, le gouverneur militaire allemand auquel il fit savoir que "attendre des avocats belges qu’ils cessent d’être indépendants, ce serait leur demander de cesser d’être eux-mêmes". Il soutint donc ses collègues qui considéraient comme illégaux les arrêtés pris par les secrétaires généraux au service de l’Occupant. Puis il prit fait et cause pour les avocats juifs. Fin août 1944, ayant appris que son nom figurait sur la liste des personnalités judiciaires à exécuter, il refusa de prendre le maquis : "si je me cache, celui qui me remplacera courra les risques à ma place". L’on connaît la suite "Pareils courage et indépendance doivent servir de modèles pour toujours" conclut Me Buyle.

A signaler aussi la sortie, chez Filipson Editions, d’un album de photos sur "Pneuma", l’exposition du bicentenaire au Palais de Justice autour d’une œuvre de Charles Kaisin.