Belgique Qui a observé, côtoyé, fréquenté le monde des "cabinettards" un tant soit peu sait à quel point l’hyperintensité de leur travail est parfois propice  à l’émergence de relations autres que professionnelles. Amicales le plus souvent, amoureuses quelques fois. C’est le cas d’Isabel Casteleyn, porte-parole du CDH Melchior Wathelet. Depuis trois ans, elle partage la vie du secrétaire d’Etat à l’Environnement, à l’Energie, à la Mobilité et aux Réformes institutionnelles.

"A l’époque, je travaillais dans un centre d’expertise flamand, raconte la jeune femme de 37 ans d’origine flamande. Mon job consistait notamment à faire du lobbying auprès des cabinets ministériels. Un jour, on est venu me trouver pour que j’intègre le cabinet Asile et Immigration. J’ai ensuite évolué vers la communication pour finalement devenir la porte-parole de Melchior dans le nouveau cabinet."

Ainsi, cela fait quatre années maintenant qu’Isabel Casteleyn travaille en collaboration étroite avec le secrétaire d’Etat. Trois ans qu’ils ont dévoilé leur relation amoureuse au grand jour. "Peut-être que certaines personnes de l’équipe ont eu un peu de mal à gérer le ‘switch’ au tout début, mais honnêtement, la grande majorité s’en fiche. Je veux dire, à partir du moment où Melchior a l’air heureux, moi aussi, que le travail continue, que leur vie au cabinet n’a pas changé, qu’est-ce que cela peut faire ?" Elle s’arrête un instant, puis poursuit : "Et puis, très vite les gens ont vu l’avantage qu’il y avait au niveau professionnel à ce que je vive avec lui. Par exemple, lorsqu’il faut envoyer un signataire en urgence ou vite faire passer un message, etc. Pour le reste, j’ai exactement le même traitement que les autres. Sauf que, c’est vrai, quand est on est à la maison, qu’il y a un appel du chef de cabinet en soirée et qu’il faut décider de certaines choses à ce moment-là, je l’ai déjà entendu. Donc, le lendemain on ne doit pas me briefer. Mais en même temps, je communique toujours tout de suite l’infor mation aux autres. Je ne me dis jamais : ‘Oh, Melchior le dira bien aux autres.’"

Cela, c’est pour la sphère professionnelle. Mais qu’en est-il de leur vie une fois rentrés à la maison ? Madame Casteleyn et son secrétaire d’Etat de compagnon parviennent-ils à parler d’autres choses que du boulot ? "C’est effectivement la chose dont j’avais le plus peur au début. Je me disais : ‘Je n’aurai jamais autre chose que cela, on va parler du boulot tout le temps.’ Et en fait, pas du tout. Quand on ne nous dérange pas, cela se passe très bien. Et puis, j’ai la chance que Mel chior ait un cerveau très compartimenté, comme il dit, il parvient donc à se dire : ‘OK, maintenant, je ne suis plus au bureau.’ Ce n’est pas quelqu’un qui va regarder tout le temps son téléphone ou sa tablette. Quand il est là, il est là."

Et c’est tant mieux. Car avec cinq enfants à charge, la vie à la maison est loin d’être de tout repos. Elle a deux enfants, Noah et Chloé, lui en a trois, Margaux, Melchior, le 8e de la famille Wathelet à porter ce prénom, et Julien. Une sacrée marmaille qu’ils ont tenu à ne pas déraciner : "Mes enfants sont à l’école en néerlandais ici à Bruxelles, ceux de Melchior à Verviers. On ne voulait pas chambouler leurs vies à ce point . On a donc décidé que les enfants resteraient là où ils étaient, et que c’est nous qui bougerions entre Schaerbeek et Verviers." Et d’ajouter immédiatement : "Ce qui ne nous empêche pas de vivre ensemble bien sûr. Par exemple, Noah, mon garcon, est aux scouts à Verviers. Nous passons quasiment tous les week-ends là-bas, mes enfants adorent y aller. C’est énorme, il y a beaucoup d’espace, un grand jardin et une forêt derrière la maison. On l’appelle la ‘maison du Bonheur’." Un sympathique "melting pot", explique-t-elle, qui ravit tout la famille. "Ma mère et ma grand-mère parlent à Melchior en néerlandais. Du coup, il baigne un peu plus dans tout ce qui est flamand. Je pense qu’il apprécie le fait que j’ai ce pied en Flandre. Même pour les petits Wathelet, ils trouvent cela génial d’aller demander à mes enfants : ‘Tiens on dit comment ça en flamand ?’ C’est vraiment une très chouette bande."

Des avantages à partager la vie de son "patron" ? "C’est sûr que le fait d’avoir tous les deux une vie très intense fait que l’on se comprend. J’ai une amie qui est elle aussi en cabinet et qui s’est un jour retrouvée toute seule au resto parce qu’elle a répondu au téléphone et que son mari lui avait dit : ‘Si tu réponds maintenant, je me barre.’ Mais quand c’est le Premier qui vous appelle, vous le prenez, quoi. Moi, il ne peut pas me le reprocher : c’est pour lui que je le fais."

Des inconvénients aussi ? "Un exemple. On devait partir une semaine en Bretagne le 20 juillet. Le 21, le Roi abdique. Qu’est-ce qu’on fait ? On avait réservé l’endroit pour une semaine, les enfants s’en faisaient une fête, moi je ne me voyais pas leur annoncer que l’on partait trois jours plus tard. On a donc décidé d’y aller quand même. Melchior a fait l’aller-retour, et je me suis retrouvée toute seule avec cinq gosses pendant une journée. Ils étaient tellement déçus de voir leur papa partir le samedi soir. C’est cela qui m’affecte le plus dans son boulot en fait. C’est de voir l’effet que cela peut faire sur les enfants. Mais Melchior en est totalement conscient, il l’a vécu lui-même avec son père. Et moi, je comprends bien. D’ailleurs, il me dit parfois en rigolant : ‘ Tu ne peux pas me le reprocher, c’est toi qui l’as mis à mon agenda.’ Je peux difficilement faire ma crise."

Une Flamande à Verviers, ce n’est pas courant tout de même. "Ah, ça, c’est sûr. Mes enfants et moi-même sommes parfaitement intégrés là-bas. A tel point que mes enfants flamands parlent français avec un accent verviétois ! Cela me fait mal aux oreilles." (Rires)

Allez, on va quand même vous l’annoncer Madame Casteleyn, vous l’avez pris "un chouia" aussi.

Alice Dive