Belgique

«Ça va, m'fi, bonne année...» Mardi en fin de séance à Namur, Willy Taminiaux salue à la cantonade, tout à sa manière habituelle à lui, gentille et rigolote. Pourtant, il est un peu ému. Parce qu'il descend d'un perchoir présidentiel dont il n'a jamais tâté (alors qu'il connut, quelques mois de 1999, celui de la Communauté française) ? Pas vraiment. Mais parce que le socialiste se retrouve à nouveau face à des élus FN. Et en première ligne du combat à mener contre l'extrémisme. Un souvenir lui est resté, crûment indélébile. Lorsqu'il fut ministre wallon des Affaires sociales, pendant la législature 1995-1999, le Saint-Gilles comptait 2 élus FN. On ne les entendit qu'une fois en 5 ans. Quand Taminiaux déposa son décret créant des centres régionaux d'accueil aux populations immigrées, l'un des deux éructa à la tribune des thèses sur «l'homme biologique confronté aux Belges de papier»... Surtout, on n'a pas oublié son combat de ces années-là dans sa bonne mais difficile cité à la Louve. Aux élections communales de 94, le FN avait décroché 6 élus à La Louvière. Il les perdit tous en 2000, quand Taminiaux ravit le maïorat à un camarade mal coté. Certes, les dissensions internes aux extrémistes l'avaient bien servi. Certes aussi, on exagéra en le traitant alors de gourou ou de messie de la lutte contre l'extrême droite. N'empêche, sa recette a marché. Il la répète, simple comme lui: «Aller vers les citoyens, les écouter, les faire échanger leurs problèmes, entendre leur capacité de propositions.»

Pendant 27 ans, de 1958 à 1985, avant d'entrer au Sénat, cet ancien instituteur aux origines modestes a oeuvré dans l'enseignement, spécial notamment. Quand Busquin en fit un ministre, on put sourire. Mais sa connaissance du terrain, son sens des réalités, sa sensibilité, son amabilité ont convaincu; et un entourage très expert a fait le reste. Certes, ses côtés paternalistes et clientélistes ne font ni «nouvelle culture politique» ni «nouvelle génération PS». Mais sa fédération a été le chercher le 13 juin, contre ses propres souhaits. Probant: avec 14500 voix de préférence, il s'offre le cinquième meilleur taux de pénétration en Wallonie (14,5 pc). Alors, à 64 ans, il revient. Et il cumulera, comme député-bourgmestre. Mais il se retirera avant 5 ans. Et s'il restait président du Parlement? «Ouh! Ça, m'fi...»

© La Libre Belgique 2004