M. Reynders veut protéger les enfants

JEAN-CLAUDE MATGEN Publié le - Mis à jour le

Belgique

ENTRETIEN

Vice-Premier ministre et président du MR, Didier Reynders a été d'autant plus sensibilisé par l'affaire Stacy et Nathalie qu'il habite le quartier Saint-Léonard, où les deux petites filles ont été enlevées puis retrouvées, mortes hélas. Il s'exprime aujourd'hui sur une série de sujets que le drame de Liège a remis à l'avant-scène du débat politique.

Quelles leçons tirer du travail des enquêteurs?

La qualité de ce travail illustre les progrès réalisés ces dernières années. La réforme des polices, à laquelle mon parti n'est pas étranger, a exigé de gros efforts financiers mais elle donne des fruits. La détermination des enquêteurs ne s'est jamais relâchée et ils sont partis du principe, ce qui est aussi à mettre en évidence, qu'ils recherchaient deux fillettes vivantes. On a vu par ailleurs les magistrats placer les proches des victimes au centre de leurs préoccupations. Ils les ont tenus informés de l'état d'avancement de l'enquête et ont fait oeuvre de pédagogie. C'est aussi un élément important.

L'affaire a relancé les discussions sur les peines incompressibles et la libération conditionnelle. Que penser de tout cela?

Je regrette qu'il faille un drame pour réamorcer ce type de débat. S'agissant des peines incompressibles, je rappelle qu'Antoine Duquesne les avait proposées juste après la suppression de la peine de mort de nos textes de loi. Des propositions de réforme de la loi Lejeune ont, pareillement, été déposées en 1995 et en 2001. Mais on n'a pas trouvé de majorité pour faire avancer les choses. J'espère que cette fois, ce sera possible.

Et que proposez-vous?

Il me semble que pour des faits graves, il devrait être possible d'empêcher toute libération conditionnelle avant que le condamné ait purgé les deux tiers de sa peine. On devrait aussi pouvoir donner aux tribunaux la possibilité de prononcer des sanctions assorties d'une peine de sûreté, autrement dit d'un minimum à purger en toute hypothèse. Je préfère en tout cas ces formules à une extension des mises à la disposition du gouvernement. J'ajoute qu'il serait opportun de relancer le projet de création d'un tribunal des flagrants délits. Si les preuves manifestes de la culpabilité de l'auteur d'un délit sont établies, il faut pouvoir disposer de procédures rapides.

Quel traitement réserver aux délinquants sexuels?

La question est complexe mais doit être abordée. Que faire face à quelqu'un reconnu comme dangereux, qui enlève, viole, assassine, singulièrement des enfants?

S'agissant de la loi de défense sociale, je suis partisan de transférer les compétences des commissions aux tribunaux de l'application des peines. Mais avant toute mesure de libération, je plaide pour un suivi médical et notamment psychiatrique. Pourquoi ne pas l'organiser dans une aile appropriée de nos prisons?

Je défends aussi, comme Mme Defraigne, l'idée d'un registre national des délinquants sexuels et je réfléchis aux moyens de les contrôler quand ils retrouvent la liberté. Le libéral que je suis respecte les droits individuels mais il songe aussi à la protection de la société et principalement de ses enfants. Le sénateur Jacques Brotchi défend le principe de la castration chimique pour les cas les plus graves: je trouve sa proposition sensée. Elle doit en tout cas pouvoir faire partie de l'arsenal thérapeutique proposé. Je défends aussi son projet d'assurer une traçabilité des personnes libérées par l'implantation d'une puce électronique. Cela me paraît préférable à l'enfermement.

Tout cela n'évitera cependant jamais les dérapages.

Le risque zéro n'existe pas et les premiers passages à l'acte seront toujours difficiles à prévenir. Mais ce que nous proposons devrait permettre de réduire les dangers de récidive. Il est temps de rouvrir le débat et d'assumer nos choix.

© La Libre Belgique 2006

JEAN-CLAUDE MATGEN

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