Belgique

PORTRAIT

C'est une révolution pour le judaïsme belge: pour la première fois de sa longue histoire, une communauté israélite sise dans la mouvance libérale aura «une» ministre du culte. Alors que des femmes-rabbins exercent leur ministère depuis trente ans dans le monde anglo-saxon, plus particulièrement en Amérique et depuis quelques années aussi dans quelques pays européens, il n'y en avait pas encore en Belgique. Au terme de 40 ans de rabbinat éclairé placé sous le signe du dialogue de la tradition avec la modernité juive mais aussi avec les autres religions d'Abraham Dahan, c'est en effet Floriane Chinsky, originaire de Paris mais déjà bien intégrée dans l'environnement bruxellois -elle va se mettre à l'apprentissage du néerlandais!- qui reprendra le flambeau dans la communauté autour de la synagogue Beth Hillel (lire ci-dessous).

C'est une jeune femme bien de son temps, trentenaire récente qui aidera les fidèles à lire les textes sacrés et à voir comment les appliquer dans leur vie quotidienne. Son environnement familial l'avait rendue attentive à l'enseignement religieux et ses racines mais elle s'est vraiment sentie interpellée vers 20 ans. Et pourtant elle aurait pu être avocate, voire même juge. Bigre, après avoir décroché une licence en droit et un DEA en sociologie du droit, elle a fait un doctorat en sociologie du droit. Reste que le choix du sujet de sa thèse, les «représentations sociales de la loi juive en France», l'ont encore un peu rapprochée de son engagement religieux. Un choix qui l'amena en permanence à concilier l'action de terrain et l'approfondissement de la Torah et du Talmud. Pour l'amener finalement au rabbinat en Israël.

De Jérusalem à Bruxelles

«Ces cinq ans d'études en hébreu à Jérusalem ont fait que je me suis retrouvée dans un état d'esprit favorable», confie Floriane Chinsky. Mais avant même de les terminer, elle avait déjà enseigné dans diverses classes à Paris puis avait prêté son concours à divers camps d'été ou à des kibboutz en Israël. Et elle avait encore trouvé le temps de donner des conférences et de faire des recherches sur la loi juive à l'Université hébraïque de Jérusalem! Ordonnée rabbin à Jérusalem au début de 2005, elle y prend en charge une communauté mais en juillet, elle était engagée par la communauté israélite libérale de Bruxelles. D'abord pour seconder puis pour prendre la relève du rabbin Dahan. Si ses passions sont l'art et le sport - «du moins quand mon agenda me laisse quelques moments de répit» - c'est aussi une femme curieuse de savoir, à l'instar des grand(e)s humanistes juifs qui passe des sciences humaines à la biologie ou à la physique. Le rabbin de Beth Hillel a surtout une extraordinaire capacité de synthèse historique et sociologique. Qui l'amène à nous expliquer en quelques traits l'évolution de la place de la femme dans nos sociétés, depuis Rome jusqu'à aujourd'hui. Pour son bonheur, les esprits s'ouvrent aussi dans des milieux orthodoxes. Puis, ouvrant le Talmud, elle nous résume sa mission future en montrant une page parmi d'autres: du texte initial, l'on passe à des commentaires puis aux commentaires des commentaires. Une approche vivifiante au service du judaïsme. Et de la société tout court...

© La Libre Belgique 2005