Belgique

Si le téléphone portable d'Anne-Marie Lizin sonnait dans le vide, dimanche après-midi, ce n'est pas parce qu'elle refusait de répondre ou qu'elle se rongeait les sangs. Diable, voilà une femme qui n'est pas du genre à se laisser abattre, ni même démonter, par le charivari provoqué par la publication, samedi, dans «La Dernière Heure» d'une lettre de «recommandation» signée de sa main à l'adresse de la présidente de la cour d'appel de Liège! Si la bouillante présidente du Sénat ne répondait pas, c'est qu'elle était tout bonnement occupée à remplir son rôle de troisième personnage de l'Etat: accueillir, sur le tarmac de Bruxelles-National, son homologue kazakh, en visite officielle à la Haute Assemblée belge pour une durée de 3 jours.

Dossier en cours

Samedi, Anne-Marie Lizin indiquait avoir présenté ses excuses à la magistrate, qu'elle est accusée d'avoir tenté d'influencer. En cause: une lettre, adressée au domicile de la juge Fumal, où elle lui demande, en la tutoyant, de réexaminer un dossier de garde d'enfants.

La sénatrice-bourgmestre de Huy a cependant minimisé l'importance de l'«affaire», en expliquant qu'il ne s'agissait que d'un dossier local; elle a pris la plume après la visite d'une femme épuisée par une procédure de divorce difficile. MmeLizin admet avoir commis une faute en envoyant le courrier à l'adresse privée de la magistrate, mais c'était celle qui figurait dans son registre.

Dans un communiqué diffusé samedi, la cour d'appel de Liège précise qu'il s'agit d'une affaire judiciaire en cours. Elle souligne que la magistrate concernée, en joignant cette lettre au dossier de la procédure et en rouvrant les débats aux fins de permettre aux parties de prendre position, a agi «conformément aux règles fondamentales visant à la fois à assurer la pleine transparence et contradiction des débats et à protéger son indépendance, garantie par l'article 151 de la Constitution».

Réaction unanime du monde politique: la lettre de sollicitation de MmeLizin est une très vilaine bourde et même une faute à l'encontre du sacro-saint principe de séparation des pouvoirs.

«Oui, bien sûr...»

Dans ce concert de critiques, la voix du président du PS résonne plutôt faiblement. Même si, partage des rôles oblige, la ministre socialiste de la Justice s'est montrée nettement plus cinglante... (lire ci-dessous) «A l'évidence, il y a eu une maladresse, alors qu'il existe des voies naturelles pour faire valoir ses arguments, que ce soient les avocats ou le Conseil supérieur de la Justice», précise Elio Di Rupo dans «La DH du Dimanche».

Anne-Marie Lizin peut-elle rester présidente du Sénat? «Oui, bien sûr, répond le patron du PS, elle a agi en tant que bourgmestre.» Elio Di Rupo estime, en outre, que la présidente du Sénat ne doit pas venir répondre devant ses pairs: «Tout ceci n'a rien à voir avec sa fonction sénatoriale», tranche-t-il.

Reste qu'au sein de la majorité fédérale, le PS paraît bien isolé sur ce point: au MR, comme au VLD et au SP.A, on réclame des explications en séance plénière de la Haute Assemblée. Dans l'opposition, Ecolo, CDH et CD&V exigent également que la présidente rende des comptes.

Les verts francophones, très remontés, disent ne pas pouvoir accepter les déclarations du président du PS. «Parler de «maladresse de bourgmestre» ne manifeste pas une prise en compte sérieuse du respect que mérite le fonctionnement de nos institutions», selon Ecolo, qui fait un parallèle avec l'attitude du MR qui avait parlé de «négligence d'artiste» à propos des problèmes fiscaux de Daniel Ducarme.

© La Libre Belgique 2005