Belgique

"S'il y a un négationniste au sein du CDH, il est dehors dans la seconde!", avait prévenu le président du CDH Benoît Lutgen il y a quelques jours sur les ondes de la RTBF.

Visiblement, il ne s'agissait pas de menaces en l'air. C'est officiel : la députée bruxelloise Mahinur Ozdemir a été exclue du parti. "Le comité de déontologie du CDH a demandé à Madame Ozdemir de réaffirmer qu'elle reconnaît sans équivoque le génocide arménien. Elle a refusé, ce qui est contraire aux valeurs défendues par le CDH. La reconnaissance d'un génocide ne supporte pas une attitude ambiguë et réclame une totale clarté", explique le parti via un communiqué de presse.

C'est un reportage de RTL-TVI qui aurait poussé le président du parti à agir. Pour connaître la position de plusieurs élus du parti centriste, d'origine turque, concernant le génocide arménien, une équipe de la chaîne s'est rendue au Parlement bruxellois pour interroger Mahinur Ozdemir.

A deux reprises, celle qui est également conseillère communale à Schaerbeek a fui les caméras.

Il n'y avait malheureusement pas d'autre solution pour le cdH que d'exclure la députée bruxelloise Mahinur Ozdemir, a commenté vendredi le chef du groupe cdH au parlement bruxellois, Benoît Cerexhe, précisant que le travail de la députée n'était nullement en cause. "Il n'y a aucun reproche à faire quant à la qualité du travail parlementaire de Mme Ozdemir... Si tout le monde ne se retrouve pas derrière le projet politique d'un parti, celui-ci se décrédibilise. Il n'y avait donc pas d'autre solution pour le cdH que de l'exclure", a brièvement commenté Benoît Cerexhe, interrogé vendredi en fin de journée.


Pour le MR, cette décision "honore" le cdH, mais souligne un échec

Vincent De Wolf, chef de groupe MR au Parlement bruxellois, réagit à l’exclusion de la députée Mahinur Ozdemir des rangs du cdH : "La décision prise, aujourd’hui, par le cdH honore cette formation politique. La reconnaissance du génocide de 1915 commis à l’égard des Arméniens, comme d'autres minorités ayant vécu sous l’Empire Ottoman, participe au devoir de mémoire qui incombe à tout démocrate. La négation de ce génocide est une insulte à la mémoire des victimes et une atteinte évidente aux valeurs humanistes que nous portons. Nulle formation politique ne peut tolérer en son sein la négation ou le silence honteux à l’égard de ces crimes."

Plus piquant, le chef de groupe MR à la Chambre, Denis Ducarme, estime pour sa part que cette annonce "confirme l'échec du choix affiché du communautarisme du cdH en 2009". L'élu MR s'était - à plusieurs reprises - dit opposé à ce que des élus parlementaires puissent afficher de manière ostentatoire leurs convictions religieuses dans l'hémicycle.



Des combats à mener pour reconnaître le génocide et lutter contre le communautarisme, pour Ecolo

La co-présidence d'Ecolo a jugé vendredi qu'au-delà de la décision du cdH d'exclure la députée bruxelloise Mahinur Ozdemir, il était important de pouvoir mener à la fois pour la reconnaissance du génocide arménien et lutter contre le communautarisme. Pour la co-présidence des Verts, "il est important de pouvoir mener deux combats: celui en faveur de la reconnaissance du génocide arménien au niveau de la Belgique, et celui de la lutte contre le communautarisme dans la sphère politique qu'il faut mener d'abord lors de l'élaboration des listes électorales", a indiqué le porte-parole du parti écologiste.