Belgique

Farid Bamouhammad n'aime pas qu'on le surnomme "Farid le fou" et menace à l'occasion d'un procès ceux qui le font. C'est pourtant ainsi qu'il est connu, en prison et dans le public. Pourtant, il n'est pas fou. Mais violent, oui. Et c'est pourquoi sa venue dans une prison n'est jamais appréciée. Son retour, mardi à celle d'Andenne où il avait déjà proféré des menaces de mort contre la famille d'un gardien, a donc suscité un départ en grève du personnel.

Le mouvement ne devait toutefois pas durer car les syndicats apprenaient d'un contact avec le cabinet de la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx (PS), que l'intéressé ne resterait guère à Andenne. "Une réunion est en cours" , nous disait-on mercredi après-midi chez la ministre, pour choisir la prison la plus appropriée. Dès jeudi, ce sera celle d'Ittre, selon les syndicats, la grève se poursuivant au moins jusque-là. C'est qu'ils font par ailleurs grief à la direction d'un défaut de communication.

Mais qui est donc "Farid le fou" ? On parlait déjà de ce Français, alors âgé de 29 ans, en juillet 1994 pour un règlement de compte. Dans le cadre du viol de sa fiancée, assurait-il. Sans doute aussi pour une vengeance propre à la pègre, disaient les enquêteurs. La mort d'Abdelkader Benhlal allait l'entraîner aux assises de Bruxelles, où il écopait de 13 ans de prison en octobre 1997.

En janvier 2000, alors qu'il était en liberté conditionnelle depuis février 1999, il avait à nouveau fait parler de lui. Pendant 10 heures, il avait pris 4 personnes en otage, au domicile de son ex-épouse (pour qui il disait avoir tué) d'abord, puis dans un fast-food de Drogenbos. Des policiers spécialisés avaient réussi à le neutraliser, malgré son armement. Une affaire de coeur : il voulait revoir sa fille et avoir une explication avec celle qui l'avait quitté et qu'il avait harcelée auparavant. Sous la menace d'une grenade...

Scénario similaire, fillette et grenade comprises, pendant 33 heures, au coeur de Bruxelles, en août 2005. Mais, cette fois, il avait blessé une policière en tirant à travers une porte. Il avait récolté 10 ans de prison au tribunal correctionnel de la capitale en décembre 2006, pour ces faits.

Pas la première grève

Il s'est de surcroît toujours attiré l'animosité des gardiens de prison - établissements qu'il a fréquentés en grand nombre. Ainsi, en octobre 2006, ceux de Tournai avaient fait grève pour refuser sa présence. "Il provoque tout le temps, tout le monde, gardiens et détenus" , disait déjà un délégué syndical. Avant que l'intéressé s'en aille à Courtrai, à Bruges, etc. Enfin, en avril 2007, c'était au tour de la prison d'Arlon d'entrer en grève, pour la même raison. Andenne ne constitue donc pas une première, bien loin de là - n'en déplaise au député-bourgmestre Claude Eerdekens (PS) qui, sans doute peu informé et parlant de "matons" (terme péjoratif qui a suscité la colère de la CGSP), croyait devoir dire, mercredi à la RTBF, que les gardiens "doivent garder les détenus" . Certes. Mais dans quelles conditions, cela compte aussi...