Belgique

La police a dressé 19 procès-verbaux mardi en fin d'après-midi pour des chauffeurs de taxis qui maintenaient des blocages sur la petite ceinture au niveau de Trône et de la porte de Hal, a indiqué la porte-parole de la police de Bruxelles-Ixelles Ilse Van De Keere. 

Fernando Redondo, président de l'association belge des chauffeurs limousine, indique qu'une dizaine de ses membres ont été importunés par des manifestants, qui leur ont lancé des œufs ou qui les ont bloqués. Ilse Van De Keere confirme que des œufs ont été lancés mais qu'à sa connaissance, il n'y a pas eu de coups échangés.

La porte-parole de la police ajoute qu'en fin de manifestation, les policiers ont encerclé le rond-point Schuman pour éviter que des chauffeurs de taxis ne reviennent y mener des actions.

La délégation reçue par le ministre-président du gouvernement bruxellois Rudi Vervoort a rapporté en début d'après-midi aux manifestants la teneur de leurs discussions. S'appuyant sur l'avis du Conseil économique et social de la Région bruxelloise, il a rappelé la nécessité que l'avant-projet de réforme soit "revu en concertation étroite avec le secteur et les partenaires sociaux". Par ailleurs, il a insisté sur la capacité de la Région à faire respecter la législation actuelle.

En réaction, des chauffeurs de taxis ont critiqué la délégation, ont fait valoir qu'ils trouvaient ce soutien affirmé de Rudi Vervoort insuffisant et qu'ils attendaient des actes concrets contre les chauffeurs qui travaillent via la plate-forme Uber.


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Quelques chauffeurs Uber mis à l'arrêt

Quelques chauffeurs utilisant la plate-forme Uber ont été mis à l'arrêt par des chauffeurs de taxis, notamment trois devant l'ambassade américaine sur la petite ceinture, a indiqué Sam Bouchal, porte-parole de la FeBeT (Fédération belge des Taxis). Il assure qu'il n'y a eu aucun incident. Sam Bouchal justifie l'opposition des chauffeurs de taxis à la venue sur le marché de concurrents utilisant la plate-forme de mise en relation Uber: "Ce sont des chauffeurs professionnels aujourd'hui, mais pour des limousines. Ils doivent normalement avoir un contrat préalable de 90 euros pour un minimum de 3 heures. C'est donc un service de niche VIP. C'est cela le sens de la loi. Quant à l'arrêté constitutionnel de 2010 qu'ils mettent en avant, il concernait un chauffeur de limousine de Wallonie qui venait chercher un client à Bruxelles, ce qu'il a le droit de faire. Les chauffeurs de limousine peuvent venir chercher des clients à Bruxelles, mais pour des contrats VIP, pas des courses de taxis".

L'association belge des chauffeurs limousines défend que les taxis veulent garder le monopole du marché. "C'est Uber qui cherche à obtenir un futur monopole en tuant tous les taxis", répond Sam Bouchal.

Didier Gosuin soutient la demande d'une étude d'impact socio-économique indépendante

Le gouvernement bruxellois a demandé l'avis du Conseil Economique et Social de la Région bruxelloise à propos du futur plan taxis. Cette instance composée des patrons et des syndicats conseille de réaliser une étude économique réfléchie menée par des indépendants pour voir comment doit évoluer le secteur, a affirmé mardi matin le ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi Didier Gosuin (DéFI). Interrogé par Bel RTL, celui-ci a lancé un appel au calme dans le contexte de la manifestation du jour sur des grands axes de la capitale. Disant comprendre qu'il y a "une grande inquiétude par rapport à l'ubérisation de la société", face à laquelle "l'Europe est muette", Didier Gosuin a jugé qu'en bloquant la circulation mardi, "les taxis scient la branche sur laquelle ils sont assis". Ils agissent contre l'emploi salarié. "Je comprends qu'ils défendent leur profession mais ils doivent le faire dans le concertation", a-t-il ajouté.

Pour Didier Gosuin, les taxis doivent s'ouvrir à la modernité et par exemple à la flexibilité qu'offre une application numérique.

"Je comprends le combat mené contre Uber, "une société américaine de plusieurs milliards qui se moque éperdument des règles, des cow-boys qui veulent déstructurer le secteur des taxis". Mais ce combat "ne doit pas être mené en opposition avec les autorités politiques avec lesquelles il faut essayer de trouver les bonnes pistes".

Aux yeux du ministre de l'Economie, la prise de position de Pascal Smet, dès le départ en faveur d'Uber, était maladroite. "C'est l'erreur de départ qui gangrène toute la négociation", a-t-il dit, sans se prononcer sur la demande du secteur en faveur de la démission du ministre bruxellois du Transport.


GTL: "Il est plus que temps que Bruxelles s'attaque au problème de l'ubérisation"

Le groupement GTL Taxi dit "comprendre la colère et l'exaspération des chauffeurs de taxis qui participent" mardi à la manifestation dans les rues de Bruxelles. Selon l'association, cela "démontre qu'il est plus que temps que Bruxelles s'attaque vraiment au problème de l'ubérisation". GTL dit "regretter les désagréments que cette action fait subir aux navetteurs et aux travailleurs" mais ajoute que "cela fait des années que le secteur et les partenaires sociaux tentent de mener une concertation constructive avec Pascal Smet (le ministre bruxellois de la Mobilité, ndlr), mais celui-ci s'obstine à laisser pourrir la situation".

Selon GTL, "son inaction laisse libre cours à la concurrence déloyale d'Uber". Si le gouvernement bruxellois ne réagit pas rapidement, plusieurs centaines de chauffeurs de taxis risquent de perdre leur emploi, avertit encore le groupement.

De nombreux membres de GTL ont choisi de participer à cette action à laquelle ont pris part quelque 650 taxis.


Uber: "Travailler tous ensemble pour améliorer la mobilité à Bruxelles"

Le directeur général d'Uber Belgique, Joost Verdriesen estime, dans une carte blanche, que "tous les chauffeurs professionnels ont un rôle à jouer dans l'amélioration de la mobilité à Bruxelles". "Les nouveaux services doivent offrir une alternative crédible à la voiture individuelle et se développer en complémentarité des transports en commun. Mais les taxis et les chauffeurs LVC ont un rôle central pour soutenir ce changement d'habitude et permettre à tous de bénéficier d'une meilleure mobilité", écrit-il notamment.

"Si nous sommes pleinement engagés à travailler avec l'ensemble du secteur - y compris avec les taxis - pour améliorer la mobilité à Bruxelles, les restrictions réglementaires limitent les avantages de notre application aux chauffeurs LVC", ajoute-t-il en reconnaissant toutefois qu'Uber "a fait des erreurs" en voulant changer la manière dont les gens se déplacent.

"Nous voulons changer la façon dont nous menons nos activités, en plaçant l'intégrité au coeur de nos décisions et nous travaillons pour mériter la confiance des villes dans lesquelles nous opérons. Bruxelles n'est pas une exception", poursuit Joost Verdriesen.

"Nous pensons que tous les chauffeurs professionnels ont un rôle à jouer dans l'amélioration de la mobilité à Bruxelles et nous voulons être un partenaire constructif de toute réforme qui sert les intérêts des chauffeurs, des passagers et de la ville de Bruxelles", conclut-il.