Belgique

Ce mardi après-midi à 14 h, une action symbolique sera organisée à l'initiative des membres du service intervention de la Zone de police Bruxelles Capitale Ixelles sur la Grand-Place à Bruxelles. Tous les policiers sont invités à y prendre part pacifiquement. Dans le cadre de cette action symbolique, ces policiers comptent transmettre un courrier au bourgmestre Yvan Mayeur.


Voici le contenu de ce courrier, dévoilé par nos confrères de la Dernière Heure:

"Lettre ouverte à Monsieur Mayeur, Bourgmestre de la ville de Bruxelles et Président du collège de police,

Ce 7 novembre dernier, Bruxelles s’est réveillée endolorie, dans les gravats et autres débris témoins des violences de la veille. Et dans l’intimité des locaux et chaumières, Polbru panse ses plaies. Une fois l’adrénaline retombée, une fois l’hôpital quitté, il est l’heure à présent de s’enquérir de l’état des collègues, proches et moins proches, frères d’armes du quotidien, ou juste d’une douloureuse après-midi. Il est également temps d’essayer de comprendre comment de telles violences ont pu se produire, et être tolérées.

Et c’est alors qu’en allumant la télévision et les ordinateurs, le coup tombe, aussi violent que ceux encaissés la veille : pas un mot de soutien, ni d’encouragement pour vos hommes tombés, pas le moindre remerciement pour le travail effectué et le courage démontré, aucune compassion pour la centaine de policiers blessés dans ces heurts ridicules. Et non content de cette indifférence, vous allez jusqu’à afficher votre mépris à notre encontre, en faisant savoir publiquement que ceux d’entre nous que votre approche dérange peuvent se chercher une autre zone de police… Avez-vous la moindre idée de la suffisance, du dédain, et du mépris que vous affichez à l’adresse de l’ensemble des policiers de votre zone lorsque vous déclarez : « moi, je n’aime pas la mauvaise police qu’ils ont faite jusqu’ici » ?

Après la surprise et l’incompréhension, vient alors la colère. La colère de ces hommes et femmes qui, malgré vos nombreuses preuves d’animosité à notre égard, se sont toujours montrés discrets, et ont toujours eu à cœur de faire leur travail de la meilleure façon possible. Vous ne nous donnez plus d’autres choix, Monsieur le Bourgmestre, que de prendre la plume pour vous faire passer notre message.

Nous aimerions aujourd’hui comprendre ce que nous avons fait pour mériter ainsi votre dédain, et votre mépris. Quelles ont bien pu être nos fautes passées pour que vous fassiez montre d’autant d’animosité à l’égard de votre corps de police, qui ne demande qu’à travailler en bonne collaboration avec tous ses partenaires ?

Des questions plus terre-à-terre se posent également… Où était Monsieur Vandersmissen jeudi dernier ? Lui qui dirige depuis des années avec succès le service des Interventions, lui qui est toujours avec ses hommes sur le terrain, où était-il pendant que ces pavés tombaient ? Savez-vous seulement à quel point son expérience et son leadership auraient été déterminants dans la gestion des incidents ? Et ceci tout en soulignant l'excellente gestion tactique de son adjoint, Monsieur Vanden Hole, dont malheureusement l'autorité n'est pas encore reconnue par ses pairs à sa juste valeur.

Vous avez critiqué avec véhémence ces casseurs qui s’en sont pris aux biens matériels des « petites gens » de Bruxelles. Vous qui avez suivi en direct les incidents, minute après minute, coup après coup, où était alors votre place ? D'où auriez-vous pu remplir votre devoir de Bourgmestre de manière la plus opportune ?

L’essence de notre service est la défense de la liberté d’expression. Plus que jamais, nous comprenons que bien des groupements, de toutes formes, descendent dans la rue pour exprimer leur mécontentement face à la crise qu’ils rencontrent. Notre devoir est de permettre à ces personnes de pouvoir s’exprimer en toute liberté, et en toute sécurité. Nous ne nous plaignons pas de la pénibilité de notre travail. Nous connaissons et assumons tous les risques liés à celui-ci.

Nous n’avons aujourd’hui d’autre doléance que de vous entendre respecter le courage des hommes et des femmes qui étaient sur le terrain jeudi dernier, de PolBru comme d’ailleurs, et de reconnaitre le professionnalisme dont ils ont fait preuve.

Vous avez une bonne police, Monsieur Mayeur. Et cette police ne demande qu’à avancer avec vous. Peut-être est-ce aujourd’hui le moment opportun de mettre vos préjugés et a priori de côté pour faire un pas vers nous, et envisager comment, ensemble, nous pourrions travailler dans l’avenir pour le bien des bruxellois, et des libertés fondamentales garanties dans notre pays.


L’ensemble du personnel INT/O."