Belgique

Ce lundi, à 14 heures, Marc Dutroux, condamné en juin 2004, par la cour d’assises d’Arlon, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de dix ans de mise à disposition du gouvernement, pour des faits d’assassinat, comme chef d’association de malfaiteurs impliqué dans des enlèvements et des séquestrations d’enfants et pour viols avec tortures, comparaîtra devant le tribunal de l’application des peines (TAP) de Bruxelles où il sollicitera sa libération sous bracelet électronique.

1. Est-il admissible à la libération conditionnelle ? Oui. Le prédateur d’enfants l’est, en théorie, à compter du 30 avril 2013, dès lors qu’il aura purgé le tiers de sa peine. De l’avis unanime, ses chances de libération sous conditions sont extrêmement minces voire absolument nulles. La direction de la prison de Nivelles, où Marc Dutroux est incarcéré, a rendu un avis négatif, tout comme le parquet. Même si le TAP n’est pas lié par ces avis, il est hautement improbable qu’il décide, au terme de la procédure (car on ne sera pas fixé lundi mais, selon certaines sources, d’ici huit à dix jours), de le libérer. Pour essayer de convaincre les juges, Dutroux et son conseil devront déposer un plan de réinsertion extrêmement pointu. Me Deutsch affirme ne pas se présenter devant le TAP les mains vides et déclare, sans donner plus de précisions, que Dutroux peut compter sur une personne acceptant de l’héberger. Sera-ce suffisant pour convaincre les juges ? Rappelons que Dutroux avait fait une demande de congés pénitentiaires dès avril 2012. Cette demande avait été rejetée. En septembre, il avait introduit une demande de surveillance par bracelet électronique. La loi permet, en effet, à un détenu d’adresser cette demande six mois avant d’être admissible à une libération conditionnelle.

2. Les parties civiles seront-elles présentes à l’audience ? On sait que ni Laetitia Delhez, ni sa mère Patricia Martin, ni Jean-Denis Lejeune (tous représentés par Me Georges-Henri Beauthier) ne seront à Bruxelles pour faire valoir leurs observations. Pol Marchal a refusé de se rendre à l’audience considérant comme une "mauvaise farce" ce qui va s’y passer. De son côté, Leendert Lambrecks, le frère d’Eefje, assisté de son avocat Me Luk Delbrouck, demandera au tribunal de poser une question préjudicielle à la Cour constitutionnelle concernant une violation potentielle de ses droits en tant que proche de victime. Leendert Lambrecks veut avoir son mot à dire dans le plan de reclassement de l’homme qui a enlevé et tué sa sœur en août 1995. Lui et son père Jan seront présents à l’audience.

3. Des mesures de sécurité ont-elles été prévues ? Oui. Les mesures de surveillance du palais de justice de Bruxelles seront maximales. Dutroux arrivera sur place encadré par l’escorte de la police fédérale chargée du transfèrement des détenus réputés les plus dangereux. L’escadron spécial sera mobilisé de même qu’un hélicoptère de la police fédérale, qui tournera au-dessus du palais pendant toute l’audience. Selon Sud Presse, deux pelotons de la police de Bruxelles se tiendront prêts à intervenir. Pour entrer au palais, le public devra passer par un portique de détecteur de métaux et un contrôle d’identité sera effectué. Toutes ces mesures de sécurité ont été prises pour éviter tout risque d’évasion de l’ennemi public numéro un en Belgique, mais aussi pour éviter tout débordement. On annonce, en effet, la présence place Poelaert de manifestants, notamment des groupuscules d’extrême droite. Selon les syndicats de police, le dispositif prévu coûtera entre 30 000 euros et 50 000 euros.

4. Ne pouvait-on organiser l’audience du TAP à la prison de Nivelles où Marc Dutroux est détenu ? Si mais, à Bruxelles, comme le rappelait Luc Hennart, président du tribunal de première instance, l’habitude est que le TAP œuvre au sein du palais, notamment parce qu’il est délicat d’amener des parties civiles en prison. Certains regrettent le coût et le côté barnumesque de ce déploiement de moyens, toutes choses qui risquent de donner à Dutroux une publicité gratuite.

5. D’autres protagonistes du procès Dutroux ont-ils demandé leur libération conditionnelle ? L’ex-femme de Marc Dutroux, Michelle Martin, a été libérée sous conditions fin août 2012. Elle se trouve chez les sœurs Clarisses de Malonne. Sa libération a suscité une immense émotion au sein de l’opinion. Michel Lelièvre, l’ex-complice de Marc Dutroux, condamné à vingt-cinq ans de prison, a écrit à plusieurs couvents afin d’y être accueilli s’il devait bénéficier d’une libération conditionnelle. Il avait introduit une première demande le 26 février.