Belgique

C'est un grand francophone de Flandre mais aussi un "echte Brusseleir" et en même temps un éminent humaniste qui a pris le large. L'Association pour la promotion de la francophonie en Flandre (APFF) dont il fut un des membres-fondateurs nous a en effet appris la disparition jeudi peu avant la mi-journée de Marcel Bauwens à Ostende.

Avec lui disparaît encore un des grands journalistes belges de l'après-Seconde Guerre mondiale. Né le 6 mars 1928 à Saint-Josse ten Noode, ce licencié en journalisme sorti de l'ULB en 1952 exerça ses talents d'informateur au "Peuple" de 1955 à 1959 puis poursuivit sa carrière au "Soir" de 1959 à 1989.

Excellent pédagogue, il fut maître de stage à l'ULB puis à la VUB de 1967 à 1977. Et aussi maître de conférences à l'ULG. de 1976 à 1984. A la fin de sa carrière, son expérience l'amena à la présidence de l'Association générale des journalistes professionnels (AGJPB) de 1987 à 1991. Il fut également un des fondateurs du Conseil de déontologie de l'AGJPB. Lorsqu'il s'installa à la Côte belge, il s'investit pour la perpétuation de la culture française participant à la fois à la création du Club Richelieu-Littoral et à celle de l’Association pour la promotion de la francophonie en Flandre (APFF).

Le journaliste politique et social se doublait d'un écrivain éclectique tantôt poète, tantôt essayiste n'hésitant pas à défier les règles de la bien-pensance avec des idées bien déterminées sur les croyances religieuses mais aussi sur les tabous du sexe et de l'amour… Nous avions aussi beaucoup apprécié son dernier ouvrage. Un recueil de haïkus en bruxellois qu’il avait doublé de leur version en "beschaafd Nederlands" et en français officiel. Pourquoi des haïkus ? Marcel Bauwens était attiré par l’Extrême-Orient et il était inévitable que sa route croise celle de ces bijoux poétiques de trois lignes de 5, 7 et 5 syllabes. Un encouragement à en produire au carrefour des cultures de l’Asie et du terroir bruxellois fit le reste : Piet Lincken, le président des poètes du "Grenier Jane Tony", avait convaincu notre ancien confrère de s'essayer à ce délicat exercice. Bauwens, élevé pendant trois ans dans un ménage où l’on ne parlait que le bruxellois en conserva l’esprit frondeur. Cela transparaissait clairement dans ses haïkus préfacés par un autre grand amateur/auteur, Herman Van Rompuy.

Marcel Bauwens lui a d’ailleurs renvoyé l’ascenseur, le citant dans une brève mais complète introduction à l’art de l’haïku. En soi, déjà un vrai plaisir mais pour ceux qui ont la chance de dominer les langues nationales que sont le bruxellois, le néerlandais et le français, l’exercice virait au Nirvana.

Trois échantillons en guise d'hommage… En version bruxelloise et beau français: "Manneken Pis lacht/Ei eit op ne kluut gepist/Dee rap rap weglupt". Ce qui donnait: "Manneken Pis rit/Il a pissé sur un con/qui part en courant". Plus politique : "Wallons et Flamands/Klouchons bien et mélangeons/Manneken Pis naît". Plus exotique : "Bouddha, l’œil fixé/Droit sur son noêgelembôik/Le sage voit scheil". Toffement désopilant et en même temps empreint de sagesse orientale et/ou belge. Bon vent, Marcel!