Belgique

Le barreau belge a perdu l'un de ses plus éminents représentants. Eric Vergauwen, né à Ostende en avril 1936, était unanimement considéré comme l'un des plus grands avocats pénalistes de ces quarante dernières années.

Père de trois avocats (deux fils, Alain et Cédric, et une fille Catherine, Patricia ayant, elle, préféré la médecine), Eric Vergauwen est entré au barreau en 1959 et a, au cours d'une carrière aussi brillante que riche, traité d'innombrables dossiers, de celui du commandant François à celui du Heysel en passant par l'affaire François Besse (Me Vergauwen était dans la salle d'audience lors de la spectaculaire évasion du Français du palais de justice de Bruxelles).

Il a plaidé dans plus de cent sessions d'assises auprès des plus grands ténors de la vie pénale belge, comme Me Roger Lallemand, qu'il tenait pour le plus grand, Mes Marc Preumont, Jean-Marie Dermagne ou Fernande Motte de Raedt qu'il citait aussi volontiers en exemple.

La passion lui est venue à 13 ans, au collège, en préparant une élocution sur la peine de mort. Pour lui, défendre était un idéal, une profession de foi. Les débuts montrent un jeune homme déterminé, faisant le siège du "bureau des consultations gratuites", où un employé désignait les avocats pro deo. "Je vivais en prison, défendais toutes les causes qu'on voulait bien me confier", nous confia-t-il un jour, lui que son métier n'éloigna toutefois jamais de sa famille, qu'il adorait.

Ce grand humaniste pratiquait volontiers le sens de l'humour. C'était aussi un formidable conteur qui captivait tous ses auditoires. Celui qui n'oublia jamais que "la délinquance naît de la pauvreté et que toute la justice pénale souvent regretté le traitement réservé aux étrangers en séjour illégal et la curieuse indulgence réservée aux criminels en col blanc.

Défendre fut toujours un besoin vital pour ce fumeur invétéré. C'était un spectacle rare que de le voir évoquer ses plaidoiries. L'oeil pétillant, il revivait les débats devant vous, il était sur le banc de la défense ou de la partie civile, le regard plongé dans celui des jurés, portant sur ses épaules la souffrance humaine et, ainsi que le lui a appris son maître de stage, "pardonnant les yeux ouverts."

Mardi passé, Eric Vergauwen avait déposé les dernières corrections de ses Mémoires. "Intimes convictions", à paraître sous peu, s'achève sur cette phrase qui dit tout de son auteur : "En un mot comme en cent, je suis heureux de vivre et je le resterai."

© La Libre Belgique 2006