Belgique

Le patron de la FEB, Pieter Timmermans, estime que les syndicats mènent un "jeu dangereux" en brandissant des menaces d'actions dans le pays et une grève générale le 15 décembre. "Dans le passé, de telles actions n'ont jamais créé d'emploi supplémentaire, au contraire", souligne l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Pieter Timmermans estime que les actions prévues sont "incompréhensibles".

"Lorsqu'on met le feu aux poudres, on ne sait jamais quand cela va s'arrêter", dit-il. "Dans le passé, lorsque le pays était à l'arrêt, aucun emploi supplémentaire n'a été créé, au contraire. Ces actions endommagent l'image du pays et vont donner lieu à des pertes d'emplois", poursuit M. Timmermans en rappelant les grèves générales des années 80 et 90.

Pour M. Timmermans, la main reste "toutefois tendue". "Nous allons accéder à la demande de concertation du gouvernement fédéral", conclut l'administrateur délégué de la FEB.

Le SNI et Unizo dénoncent une grève qui va paralyser l'économie

Le Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI) et Unizo, l'organisation flamande des indépendants, condamnent les actions annoncées mercredi par le front commun syndical, parmi lesquelles la grève nationale du 15 décembre, afin de protester contre certaines mesures socio-économiques de l'accord de gouvernement fédéral. "Une fois de plus les syndicats utilisent la grève comme une arme et vont paralyser l'économie", regrette Christine Mattheeuws, la présidente du SNI. "Les syndicats s'auto-proclament défenseurs de la conceration sociale, mais de telles actions l'étouffent dans l'oeuf", estime le patron d'Unizo, Karel Van Eetvelt. "Une grève générale touche ceux qui veulent travailler, ceux qui doivent aller à l'école et tous les entrepreneurs qui doivent arrêter leurs activités. Ceux qui font grève pour plus de bien-être, plus d'emplois et plus de pouvoir d'achat doivent savoir qu'en bloquant le pays, ils feront exactement l'inverse."

Le SNI estime pour sa part que "notre économie a plus que jamais besoin d'une collaboration entre travailleurs et employeurs pour garantir notre prospérité et notre bien-être", selon sa présidente. L'organisation juge également qu'il est incompréhensible qu'une grève nationale soit directement organisée, "alors qu'une grève devrait être considérée comme l'arme ultime quand tout le reste a échoué".

Le SNI déplore également que les syndicats "ne comprennent apparement pas que l'accord de gouvernement fédéral va également mettre les employeurs à contribution". Il appelle dès lors employeurs et employés à travailler dur afin de faire en sorte "que les économies soient rapidement de l'histoire ancienne". Unizo demande aux syndicats de laisser une chance à la concertation au lieu de refuser la main tendue.

Les organisations syndicales ont indiqué mercredi qu'elles refusent de se mettre à table avec le gouvernement pour discuter uniquement des modalités d'applications des mesures, sans remettre en question les points les plus sensibles de l'accord.

Menace de grève nationale le 15 décembre

Les syndicats ont annoncé mercredi en front commun une grève nationale le 15 décembre. La FGTB, la CSC et la CGSLB veulent ainsi protester contre l'accord de gouvernement fédéral, jugé "anti-social, déséquilibré et injuste". Les trois syndicats ont procédé à une analyse "profonde" de l'accord de gouvernement et leurs conclusions sont sans équivoque. Selon les organisations syndicales, les mesures annoncées par le gouvernement fédéral N-VA/MR/CD&V/Open Vld seront exclusivement payées par les travailleurs. "Toutes ces mesures touchent le porte-monnaie des familles", a dénoncé Rudy De Leeuw, président de la FGTB, parlant d'un "catalogue des erreurs qui aura un effet destructeur sur le vivre-ensemble".

Le saut d'index, la réforme des pensions ou encore le manque d'investissements des projets figurent parmi les points les plus violemment décriés par les représentants des travailleurs.

"Les travailleurs ont déjà été victimes d'un saut d'index 'light' sous le précédent gouvernement", a déclaré Jan Vercamst, président du syndicat libéral, faisant référence à la réforme dont l'indice des prix à la consommation a fait l'objet. "Le prochain saut d'index va tomber dans la poche des employeurs, sans aucune garantie de création d'emplois", a-t-il poursuivi.

Marc Leemans, le président de la CSC, a répété tout le mal que les syndicats pensent de la réforme des pensions, haussant, à terme, l'âge de la retraite à 67 ans en 2030. La suppression du bonus pension et la diminution des moyens pour la liaison des pensions au bien-être figurent parmi le principaux griefs des organisations syndicales.

Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC, a quant à elle souligné le manque de vision du gouvernement en matière d'investissements, l'accord ne stipulant aucun montant dans ce domaine. "C'est une politique à court terme, sans aucune vision stratégique, alors que de son côté, la future Commission européenne prévoit 300 milliards d'euros d'investissements", a-t-elle commenté. Elle fustige également la vision du nouvel exécutif qui ne voient les services publics que comme une somme de dépenses à compresser et jamais comme une destination d'investissements.

Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, regrette qu'aucun effort ne soit demandé au capital. "Dans un pays comme le nôtre avec tant de capacités d'épargne, il serait logique d'y recourir pour relancer l'économie", en appelant à une fiscalité plus juste. "Ce gouvernement se veut de cohérence sociale, mais il fait tout l'inverse", déplore-t-il. Il fustige également les réductions de charges pour les entreprises qui seront réalisées sur les "salaires différés".

Dans ces conditions, les trois syndicats estiment qu'il est de leur "obligation morale" d'"organiser la résistance". Les prochaines semaines seront ainsi consacrées à une campagne d'information et de sensibilisation. Celle-ci sera notamment menée "dans les entreprises, les hôpitaux et les services publics".

Le 6 novembre, une manifestation nationale sera menée à Bruxelles avant de laisser place à une série de grèves tournantes. Le lundi 24 novembre, les travailleurs des provinces de Liège, Luxembourg, Limbourg et Anvers débrayeront. Le 1er décembre, ce sera au tour de ceux des provinces de Namur, du Hainaut, de Flandre-Orientale et de Flandre-Occidentale. Le 8 décembre, ce sera au tour de la région de Bruxelles et des deux Brabant de mener l'action avant, le lundi 15 décembre, la tenue d'une grève nationale.

Les syndicats ont également indiqué qu'ils refusent de se mettre à table avec le gouvernement pour discuter uniquement des modalités d'applications des mesures, sans remettre en question les points les plus sensibles de l'accord.