Belgique

L’affaire fait grand bruit en Flandre et y mobilise la classe politique. Lundi, Het Laatste Nieuws rapportait qu’une école de Renaix (Flandre-Orientale) s’inquiétait de signes de "radicalisation" islamiste observés par des enseignants chez… des enfants de classes maternelles. Une première chez des élèves de cette tranche d’âge (3-6 ans).

Menaces de mort et gestes d’égorgement

Un rapport interne à l’école, rédigé par un médecin, fait, en effet, état de comportements problématiques chez certains de ces bambins.

Lesquels ? On en aurait vu réciter des versets du Coran pendant la récréation, pratiquer l’absentéisme scolaire le vendredi pour des raisons religieuses, refuser de donner la main aux enseignants ou à leurs camarades ou encore de se mettre en rang à côté d’un enfant d’une autre confession. Une élève aurait dit avoir déjà un futur mari qui vivait au Maroc.

Il est aussi question de… menaces de mort à l’encontre de "non-croyants", d’enfants traités de "cochons" ou de gestes imitant un égorgement.

Selon le rapport, lorsque les parents de ces enfants ont été mis au courant de leur comportement, certains l’auraient approuvé et d’autres en auraient tout simplement ri.

Une tempête dans un verre d’eau

Le directeur de l’école s’est dit choqué par la divulgation de toutes ces informations. "C’est une tempête dans un verre d’eau. Un projet autour de la radicalisation a commencé à la fin de l’année scolaire au sein de l’école", indique Dirk Moulart. "Le document interne a été préparé sur la base de témoignages de quatre enseignants et de leurs expériences ces dernières années. Il concerne six enfants de trois familles connues par la police de Renaix. Cela ne représente qu’un seul pour cent du nombre total d’enfants."

"Les enfants de maternelle disent souvent des choses qu’ils ne comprennent pas tout à fait", ajoute M. Moulart. "Ils répètent ce qu’ils ont entendu à la maison ou ailleurs. Nous remédions à ce problème depuis un certain temps."

Dirk Moulart espérait que ces informations soient traitées avec plus de discrétion mais croit en la poursuite du projet de déradicalisation.

Une affaire "très exceptionnelle"

Au cabinet de la ministre flamande de l’Enseignement, Hilde Crevits (CD&V), l’affaire est qualifiée de "très exceptionnelle". On y rappelle l’existence du "Netwerk Islamexperten", un "réseau d’experts de l’islam" institué pour épauler les écoles flamandes dans la lutte contre la radicalisation.

Depuis sa création, en octobre 2015, l’organe a reçu 481 demandes de la part d’écoles ou de centres d’accompagnement d’élèves, la plupart de nature préventive ou informative. Ce réseau fournit des informations sur l’islam, les causes de radicalisation et les manières d’y répondre.

Son coordinateur Khalid Benhaddou se rend dans les écoles qui le demandent et mène des entretiens individuels avec certains élèves.

Les écoles peuvent aussi s’adresser au point de contact "déradicalisation" de l’administration de l’enseignement, institué en janvier 2015, fait-on valoir.

Un autre projet, intitulé Connect, est sur les rails pour accroître la résilience des enseignants.

Pour Mme Crevits, la prévention doit aller plus loin que la seule approche de la radicalisation et envisager les occupations des élèves après l’école, pour éviter qu’ils ne traînent dans la rue. Un appel à projets sera lancé avant la fin de l’année.

Mais l’affaire n’en restera sans doute pas là. La N-VA, par exemple, a déjà réagi. La députée flamande Nadia Sminate a convoqué la commission du parlement flamand pour la lutte contre la radicalisation violente, qu’elle préside. Aucune date n’est encore fixée.

Au passage, elle a pointé du doigt la "communauté musulmane" dans son ensemble ainsi que "les parents, en premier lieu".


"Un enfant entre trois et six ans travaille par imitation"

Christine Cobut, psychologue, revient sur les événements classifiant le comportement de certains élèves d’une école maternelle de Renaix comme de la "radicalisation."

D’après elle, tout est influencé par le contexte. Les enfants entre trois et six ans, travaillent par imitation. Lorsqu’ils jouent à "papa, maman" ou à la "dînette", c’est parce qu’ils reproduisent des scènes quotidiennes.

Ansi, si des enfants refusent de tenir la main d’autres camarades de classes, ce n’est pas quelque chose de nouveau.

Il y a de cela trente ans, Christine Cobut faisait un stage dans une école maternelle de Forest. Les classes sociales y étaient mélangées et il lui est arrivé le même cas de figure : un enfant ne voulait pas tenir la main de son compagnon de classe parce qu’il avait du henné sur la main. Dans ce cas de figure, la psychologue explique qu’il s’agit soit de valeurs inculquées par les parents, soit d’une situation où l’enfant ne sait pas ce que c’est et pense que la main est sale. Il suffit alors de lui expliquer que ce n’est pas le cas.

"On ne parlait pas de radicalisation à l’époque, pourtant les comportements d’aujourd’hui ne diffèrent pas réellement. On trouve toujours des déguisements de soldats dans les magasins et les enfants continuent de jouer à la guerre. Ce n’est pas pour autant que leur comportement est problématique", rassure Mme Cobut.

En outre, l’enfant est baigné dans un contexte qui n’est pas forcément très joyeux. La télévision est bien souvent allumée en continu et les enfants accèdent très vite aux réseaux sociaux. Aussi, d’après la psychologue, il faut être prudent dans les activités qu’on leur propose.

"Il faut rester attentif, c’est certain. Mais de là à parler de radicalisation, je pense que c’est un peu exagéré par la situation actuelle", informe Christine.

L’enfant est en train de construire son identité. C’est pourquoi, selon elle, il faut prendre les choses avec des pincettes et ne surtout pas stigmatiser.

"L’enfant en maternelle a parfois des propos très durs, mais il n’est pas toujours conscient de ce qu’il dit et s’il y a un problème, il vient souvent de son environnement", conclut la psychologue.