Belgique

Ce sont deux phrases subrepticement glissées dans le message de carême des évêques belges, publié cette semaine. Mais deux phrases voulues et, surtout, soulignées par certains évêques.

Evoquant l’Année jubilaire de la miséricorde souhaitée par le pape François, les évêques rappellent que cette année "s’inscrit dans sa volonté et sa persévérance de ramener l’Eglise au cœur du message chrétien : la joie de l’Evangile" . " Qu’il en soit remercié ! " , insistent des évêques qui se disent "heureux de pouvoir relayer cet appel du Pape" .

Ces mots pourraient être considérés comme anodins, mais les évêques ne les ont pas voulus ainsi, et ils peuvent être analysés sous deux angles.

Le suspense du Vatican

Avant tout, ces mots s’adressent à l’Eglise internationale et s’affirment comme une prise de position déterminée. Au Vatican, les temps sont à l’attente, au suspense même. Après les annonces d’évolutions pastorales et institutionnelles (au niveau de la réorganisation du Vatican et de sa possible décentralisation - point très polémique), chacun attend des résultats concrets. La réforme de la Curie n’est pas encore aboutie, et l’Eglise attend de lire l’exhortation apostolique du Pape qui devrait tirer les conclusions du synode sur la famille de l’automne dernier. Synode qui avait notamment abordé la très polémique question des divorcés-remariés.

Au cœur de cette attente, soufflent des interrogations et des vents contraires (sans que le Pape soit pour autant totalement isolé). Certains épiscopats (aux Etats-Unis ou en Italie, par exemple), sans défier ouvertement le Pape, portent le témoignage de courants plus critiques. Au sein des arcanes vaticanes, des freins aux réformes souhaitées par François sont par contre plus explicites. Comme l’Eglise belge l’a régulièrement fait au XXe siècle, elle entend affirmer un soutien clair aux volontés réformatrices du Pape.

Mais ces deux phrases s’adressent aussi à la Belgique. Le nouvel archevêque, Mgr De Kesel, a placé son mandat sous le signe d’une réflexion. Qu’est-ce qu’être catholique au sein d’une société plurielle et sécularisée ? Que cela induit-il ? Quelle action politique (au sens premier du terme), cela peut-il engager ?

Cette réflexion, placée sous le signe de la miséricorde, est également très présente dans la pensée d’un pape qui lui donne une inflexion toute particulière. Cela s’est marqué à Rome, la semaine dernière. Une manifestation y était organisée contre "un mariage pour tous" à l’italienne. Le Pape, pourtant évêque de Rome, n’a pas fait en sorte que l’épiscopat italien appelle publiquement à la manifestation. Quelques jours auparavant, François avait simplement rappelé la doctrine de l’Eglise sur ce point. Comme l’ont analysé de nombreux observateurs, si François ne cesse de rappeler de grands principes issus de l’Evangile, il refuse que son Eglise s’inscrive dans un jeu partisan qui risquerait de "construire des murs", plutôt que de témoigner de "l’hôpital de campagne" qu’elle doit être. Cette articulation entre les principes évangéliques et la miséricorde n’est pas nouvelle, mais François la théorise avec insistance, et les débuts de Mgr De Kesel, s’ils ne sont pas en rupture avec Mgr Léonard, s’inscrivent exactement dans la même ligne.


Un carême particulier

Décentrement. Ce mot est au cœur du message des évêques, et sans doute est-il un des meilleurs pour résumer le sens que revêt le carême pour les catholiques. Le carême est donc cette période de 40 jours qui précède la fête de Pâques, et qui débute par le mercredi des Cendres, apposées sur le front des croyants comme signe de leur humilité et de leur fragilité. Mais comme signe d’espérance aussi, puisque le carême se termine la veille du dimanche de Pâques et donc de la résurrection. Les"pénitences" du carême, doivent donc être comprises comme autant de moyens pour se "décentrer" et regarder "avec humilité" au-delà de sa propre personne.

Disponibilité. Temps de conversion, de partage et de jeûne, le carême recouvre pour l’Eglise plusieurs sens. Un sens social tout d’abord, celui qui invite à la générosité et même à la charité. Un sens spirituel ensuite, puisque ce décentrement, marqué par les efforts du carême, appelle à une plus grande disponibilité pour "grandir dans et par la prière" .

Miséricorde. Comme le rappellent les évêques, le carême de cette année, placé au cœur de l’année consacrée à la miséricorde, aura une dimension particulière. Pour le chrétien, la miséricorde à laquelle l’appelle sa foi, est sans doute le décentrement poussé dans ses extrémités. Si l’on suit les textes produits par l’Eglise, il s’agit en effet d’un engagement total pour l’autre. Une compréhension de ses souffrances, une bienveillance, et une capacité de le pardonner.