Belgique

Décédé vendredi dernier, l'évêque de Tournai venait de fêter ses 25 ans d'épiscopat. Il laissera le souvenir d'un pasteur proche de son peuple.

E tre face à face avec Dieu sera sans doute un étonnement et un émerveillement. Mais ma joie sera aussi de retrouver toute une série de personnes que j'ai bien connues. Car le ciel est communautaire. Je serai un peu comme ce personnage d'Alphonse Daudet, le curé de Cucugnan, qui court partout dans le ciel pour retrouver ses gens. Le christianisme, c'est aussi se préoccuper de la réussite des autres. Au ciel, je continuerai à m'occuper des autres.´ Ainsi s'exprimait Mgr Jean Huard, il y a quelques mois, dans les colonnes du `Courrier de l'Escaut´. Atteint d'un cancer incurable depuis le printemps 2001, l'évêque de Tournai savait alors que sa fin était proche et qu'il était temps pour lui de se préparer au `grand passage´.

Décédé le vendredi 4 octobre dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital civil de Tournai (LLB du 5/10), il laisse aujourd'hui un grand vide dans le coeur des Hennuyers, qui l'appréciaient pour sa simplicité et son souci des plus pauvres.

L'eucharistie des funérailles sera célébrée en l'église Saint-Jacques à Tournai ce vendredi 11 octobre à 10h30, mais un hommage peut lui être rendu d'ici cette date en la chapelle épiscopale (accès par la cathédrale), de 9h à 18h.

Né le 23 mars 1928 à Boussu, dans le Borinage, Jean Huard n'a que sept ans lorsque son père, ouvrier mineur, perd la vie dans un accident de travail. Un événement tragique qui le marque profondément et complique une existence déjà très modeste. Elevé courageusement par sa mère, c'est au Patro qu'il découvre sa vocation, grâce en particulier à l'abbé André Cogé, aumônier du mouvement de jeunesse. Ordonné prêtre le 27 décembre 1953, après des études de philosophie et de théologie à Leuven, il devient professeur au Cibi (Centre d'instruction pour les séminaristes accomplissant leur service militaire), puis au séminaire de Tournai où il est chargé du cours de théologie sacramentaire.

Onze ans plus tard, son évêque, Mgr Himmer, le nomme vicaire général et lui confie la responsabilité pastorale de la partie occidentale du diocèse. Parallèlement, il devient responsable de la catéchèse pour l'ensemble du territoire, oeuvre activement au niveau national à la restauration du diaconat permanent, `rafraîchi´ par Vatican II, et se montre un fervent défenseur de l'oecuménisme.

Mgr Himmer étant atteint par la limite d'âge, Jean Huard lui succède à la tête de l'Eglise du Hainaut. Le fils du mineur borain est ordonné évêque le 25 septembre 1977. Il n'est alors âgé que de 49 ans. Respectueux des valeurs traditionnelles, il avance avec prudence et s'efforce de ne brusquer personne. Homme de dialogue et d'écoute, il se sent davantage guide que capitaine, serviteur que maître. `Le patron du diocèse, aime-t-il rappeler, c'est le Christ.´ L'un des grands mérites de Mgr Huard est d'ailleurs d'avoir toujours fait confiance à ses collaborateurs et de n'avoir freiné aucune initiative dès lors qu'elle lui semblait profitable au diocèse.

En juin 1992, conscient que les statistiques religieuses de son diocèse sont les plus mauvaises du pays, à l'image des statistiques économiques et sociales de la Province, il propose à la communauté chrétienne du Hainaut d'entrer dans une démarche synodale et nomme à cet effet un nouveau vicaire épiscopal, l'abbé Paul Scolas. C'est ainsi que `Chemin d'Eglise´ voit le jour. Un projet pastoral ambitieux qui mobilise quatre années durant le diocèse et va contribuer à lui donner un souffle nouveau. Tournai est d'ailleurs le premier diocèse belge à se lancer dans un profond renouvellement de ses structures. Refusant d'entrer dans une logique de récession, Mgr Huard fait en effet clairement le choix et le pari de vivifier les communautés locales en les reliant entre elles au sein d'unités plus larges animées par des équipes ministérielles de prêtres et de laïcs.

Mgr Jean Huard laisse donc le souvenir d'un pasteur humble et discret, résolument tourné vers l'avenir, et qui aura surtout eu le mérite de faire confiance à ses collaborateurs et aux laïcs de son diocèse. Des qualités que nombre d'Hennuyers espèrent secrètement retrouver chez son successeur. Pascal André

© La Libre Belgique 2002