Belgique

S’il n’y avait pas eu l’interview accordée (enregistrée mercredi dernier) à la RTBF dans son palais archiépiscopal à Malines et quelques réactions "à chaud" après la messe du jour de Pâques à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule pour d’autres médias audiovisuels, Mgr André-Joseph Léonard ne serait pas vraiment revenu dimanche sur l’incroyable interview de Roger Vangheluwe et il n’aurait même pas pipé mot des suites à donner à la commission Lalieux.

Comme on le lira par ailleurs, dans son homélie tant attendue de l’opinion publique, il s’est limité à rappeler qu’il avait évoqué ces questions lors des offices de la Semaine sainte. Comme "La Libre" le précisait déjà samedi, l’archevêque avait de fait invité ses prêtres à renouveler leur promesse en faisant aussi pénitence pour leurs collègues déviants. En même temps, il a aussi prié à diverses reprises pour les victimes mais ces messages sans nul doute sincères ne s’adressaient qu’aux seuls fidèles présents.

Rien d’étonnant dès lors à ce que les réactions qui ont suivi son retour sur la scène médiatique étaient marquées du sceau de la déception voire de la colère.

A commencer par celle de la présidente de la commission de la Chambre, Karine Lalieux (PS), qui parlé d’une sortie médiatique "choquante et scandaleuse".

La députée a annoncé qu’elle réunirait de nouveau sa commission la semaine prochaine pour examiner le suivi de ses conclusions. Pour Mme Lalieux, "il est choquant de constater que les victimes restent complètement absentes du discours de Mgr Léonard. Il fait valoir que tout a été dit, ignorant les appels à la reconnaissance par le chef de l’Eglise d’une responsabilité morale de l’institution", a indiqué, fâchée, la députée.

Aussi Karine Lalieux a-t-elle invité l’institution à se ressaisir au plus vite. "J’entends bien qu’ils réfléchissent à la mise en place du tribunal arbitral mais cela fait un an, depuis le rapport Adriaenssens, qu’on attend. Le parlement et la société n’attendront plus des mois" , Et si cela ne va pas assez vite, "il y aura d’autres sanctions à envisager, par exemple financières", a-t-elle averti.

Mgr Léonard, interpellé dimanche après-midi par "La Libre", dit ne pas comprendre qu’on accuse l’Eglise de ne pas agir davantage.

"Ce reproche n’est pas exact. Tout au long de la Semaine sainte, nous avons évoqué le drame de la pédophilie et il était quand même normal qu’en ce jour de Pâques, nous parlions surtout de cet événement majeur pour l’humanité que fut la Résurrection du Christ. Comme vous l’avez déjà écrit, un des gestes forts fut de fait de demander lors du renouvellement de la promesse des prêtres de faire acte de pénitence pour leurs confrères."

Mgr Léonard réfute aussi l’accusation récurrente de manque de sympathie pour les victimes : "Là encore, que ce soit dans le communiqué commun des évêques ou dans les différentes célébrations, on l’a exprimée avec le respect qui sied."

L’archevêque dit aussi "avoir voulu briser l’image que seul l’archevêque peut parler de l’Eglise. Les deux évêques de référence, Mgr Harpigny et Mgr Bonny, ont déjà abondamment pris la parole. Nous nous retrouvons dans cette collégialité".

A propos du silence de l’Eglise sur le rapport de la commission Lalieux, Mgr Léonard réagit, aussi surpris : "Les deux évêques précités travaillent sur ce dossier d’une manière qui m’édifie. Entourés de spécialistes de bords divers, ils préparent le signal qu’il faut à destination des victimes et de la société. Le monde politique ne doit pas faire preuve de son impatience : le dossier est trop délicat pour réagir sur un coup de tête. Je rappellerai aussi que le rapport n’a été voté que le 7 avril par la Chambre dont les commissaires ont aussi, je pense, mis du temps à s’accorder. Nous ne sommes que deux bonnes semaines plus tard C’est peu par rapport à ceux qui doivent depuis des mois et des mois remettre en selle un nouveau gouvernement pour notre pays "

Mgr Léonard rejette dès lors toutes les accusations de blocage : l’Eglise réagira selon l’expression bien connue du roi Baudouin à propos du Congo belge, "sans atermoiements funestes, ni précipitation inconsidérée".

Enfin, n’en déplaise à ses adversaires, André-Joseph Léonard ne voit pas l’avenir de manière nécessairement négative pour l’Eglise : "L’on peut faire un parallèle avec ce que nous venons de vivre, il y a eu l’épreuve de la Croix et puis la Résurrection. Ma première année à la tête de l’archevêché a été marquée à la fois par des moments terriblement éprouvants et par de très belles choses. Je n’oublierai pas la ferveur autour de mon installation mais je me réjouis aussi de celle manifestée lors de l’ordination de mes trois auxiliaires et la démonstration que les Belges peuvent et veulent encore faire bien des choses ensemble. Puis mes visites aux doyennés furent très positives aussi. Je dirai que la crise peut à terme s’avérer bénéfique parce qu’elle débouche sur une purification et même sur une remobilisation car des confrères me confirment que les assemblées sont non seulement plus nourries mais aussi plus ferventes "

Et l’archevêque de conclure par un appel à ce que tous les chrétiens belges se retrouvent le week-end prochain autour de l’Eglise universelle dans la mémoire de Jean-Paul II qui sera béatifié ce 1er mai à Rome.