Belgique

Monseigneur Léonard, l'évêque de Namur a parfaitement raison lorsqu'il dit : "Il ne suffit pas qu'une loi soit votée par une procédure démocratique pour qu'elle se révèle éthiquement responsable et socialement correcte". Et de donner en exemple l'opposition de l'Eglise à la peine de mort, fut-elle légale. On pourrait même ajouter que ce qui est éthiquement responsable et socialement correct pour les uns ne l'est pas pour d'autres. Et que ce sont ces différences qui nourrissent le débat politique. En affirmant ses positions, l'Eglise participe à ce débat public et on ne voit pas au nom de quoi elle n'interviendrait pas dans la vie de la cité.

Mais la séparation de l'Eglise et de l'Etat est dans notre pays une réalité constitutionnelle.

Les lois ont pour objet de permettre la vie en société et tous les citoyens doivent s'y soumettre. Le combat démocratique et parlementaire étant la seule voie légitime pour créer et modifier les législations.

L'Eglise, elle, a sa morale : elle s'applique à ses seuls fidèles. Et rien, absolument rien, n'empêche d'ailleurs ceux qui donnent raison à l'évêque de Namur de mettre en oeuvre les préceptes qu'il défend.

Mgr Léonard, dans sa manière d'exprimer les choses laisse penser qu'il devrait en être autrement. Lorsque, parlant des homosexuels en les traitant, quoiqu'il en dise, d'"anormaux", il les stigmatise et les met en marge de la société. Lorsque, sur un ton sarcastique, il assimile le préservatif à une "roulette russe" en matière de protection contre le sida, il tente de disqualifier le seul moyen efficace connu à ce jour pour éviter la propagation de la maladie. Et, saluer "la fidélité et la sobriété dans les relations sexuelles, comme on le préconise en Afrique" relève du cynisme, voire de l'irresponsabilité, quand on sait que le continent noir est littéralement dévasté par le sida. Dans l'avortement, il ne voit qu'une question de confort et en matière d'euthanasie une manière de réaliser des économies en sécurité sociale.

Le contraste avec Mgr Danneels est saisissant : là où le cardinal donne une image d'une Eglise accueillante et tolérante, proche des problèmes vécus par les gens, Mgr Léonard apparaît dans le rôle du procureur impitoyable. Là où Malines ouvre des portes, Namur les referme.

En adoptant ce ton inflexible, Mgr Léonard semble se placer dans la course à l'archevêché avec, pour tactique, se tenir au plus près de la ligne vaticane et pour mot d'ordre : Dura lex, sed lex.