Belgique

Au lendemain du départ de l’AGL, le président de la Fédération des étudiants francophones réagit pour "La Libre". Michaël Verbauwhede se dit "déçu", car "tout le monde va y perdre dans cette histoire : la Fef, l’AGL et tous les étudiants francophones qui voient leur plus grosse organisation se diviser".

Cet événement vous incite-t-il à pousser plus loin les réformes internes ?

Beaucoup de réformes ont déjà été votées, notamment la question de l’indépendance vis-à-vis des partis politiques. La note d’orientation co-écrite par le coprésident démissionnaire a été votée par 85 % du Conseil fédéral et on va donc l’appliquer. Notre volonté est de poursuivre les réformes, de construire un renouveau à partir de cette crise.

Vous n’envisagez pas de démissionner ?

Non, certainement pas. On a encore le soutien d’une grande partie du Conseil fédéral.

Vous venez quand même de perdre 50 000 étudiants en quelques semaines.

Cela incite à se remettre en question, évidemment. Nous le faisons d’ailleurs depuis plusieurs mois. Mais nous avons bien vu au conseil fédéral que l’AGL était minoritaire dans ses positions.

Les positions de la Fef, très à gauche, ne sont-elles pas plus à gauche que celles des étudiants que vous représentez ?

Les conseillers fédéraux sont élus par les étudiants sur base de leur programme politique. Ils sont légitimes au niveau local et viennent au niveau communautaire avec leur programme. Je remarque que les conseillers AGL sont d’accord avec la plupart de nos idées.

L’AGL affirme néanmoins que la ligne politique est “trop rigide et difficilement discutable”. La Fef est-elle trop radicale ?

On est radical, dans le sens où on prend le mal à la racine. Les problèmes d’accessibilité à l’enseignement supérieur, cela vient du sous-financement. S’il y a un tel échec en 1re année, ce n’est pas à cause des étudiants, mais du manque de moyens et de profs.

Plus généralement, n’y a-t-il pas une désaffection des étudiants pour les causes collectives. Il y a quelques années, des milliers d’étudiants manifestaient. Maintenant, on en est à quelques centaines, voire dizaines…

Nos manifs sont proactives ou revendicatives, là où celles des années 90 étaient réactives. On fermait une Haute Ecole et les étudiants réagissaient beaucoup plus. Ceci dit, je ne pense que les étudiants s’intéressent moins à ces sujets. J’en veux pour preuve la participation dans les conseils étudiants et à la Fef. Mais il est vrai que cela fait des années que la Fef travaille à remotiver les étudiants. Cela prend du temps.

Les statuts de la Fef prévoient une incompatibilité avec les partis politiques, mais le Comac (les jeunes PTB) reste très infiltré à la Fef.

On ne peut pas interdire à quelqu’un qui a une carte de parti de s’impliquer à la Fef. Effectivement, il y a des gens du Comac, mais il y en a de tous les partis. Idem à l’AGL et dans toutes les organisations étudiantes. Dans les postes à responsabilité, par contre, on a voulu distinguer clairement l’engagement à la Fef de celui dans un parti.

Le mouvement étudiant est aujourd’hui plus divisé que jamais, à un moment crucial, puisque l’on réforme le décret sur la participation étudiante.

C’est sur tous les dossiers que la voix des étudiants va être divisée et affaiblie. C’est un problème. C’est d’ailleurs pour préserver l’unité qu’on avait proposé le poste de coprésident à un étudiant de l’UCL. Malheureusement, ils sont partis maintenant, et je pense que leur départ était planifié. Cela fait les affaires de Marcourt dans un certain sens. Mais on continuera à se battre pour les étudiants. Et on peut se retrouver avec les autres sur certains aspects.