Michel Daerden: un homme aux deux visages, souligne la presse flamande

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La presse flamande est également revenue sur le décès de Michel Daerden.

Quelques quotidiens consacrent leur éditorial au socialiste liégeois, évoquant eux aussi l'homme aux deux visages. "Het Laatste Nieuws" se montre extrêmement sévère, n'hésitant pas à comparer Michel Daerden à un croisement entre Serge Gainsbourg et Silvio Berlusconi.

"Charmeur avec un parfum, celui de l'alcool. Le socialisme n'a jamais rimé avec misérabilisme pour Michel Daerden. Si d'autres s'en trouvent mieux, pourquoi ne pourrait pas lui aussi s'en trouver mieux? Et il roula donc au volant d'une Porsche cabriolet. A l'essence, Sancerre et Pomerol. Papa est mort. La Wallonie est sonnée".

Peu d'hommes politiques ont été aussi diabolisés en Flandre que Michel Daerden constate "De Morgen". "Mais quand même, Daerden n'était pas ce dadais classé qu'avait créé sa réputation, surtout flamande. Je le dis sans crainte: Michel était un intellectuel. Même un fétichiste des chiffres". Son seul problème était, selon l'éditorialiste, son besoin d'être aimé, pour lequel il était prêt à tout.

"Populiste avant la lettre mais avec un coeur rouge. Tatoué de la Charte de Quaregnon. Bien que roulant en Porsche, l'ouvriérisme historique comme souffle de l'âme. Daerden avait un problème d'élocution. Et donc tout le monde pensait qu'il était toujours ivre. C'était aussi un timide existentiel: sans un petit verre, il ne se montrait pas (...). Il manquera dans notre démocratie gris souris. Et pas seulement le clown".

"Gazet van Antwerpen" voit dans Michel Daerden l'homme qui voulait être chanteur. Les socialistes wallons perdent un faiseur de voix mais aussi un enfant terrible, relève le quotidien. Selon lui, cet homme intelligent serait resté dans le cercle restreint d'Elio Di Rupo s'il ne s'était perdu dans les frasques et avait résisté à son amour de la bouteille.

Michel Daerden: un homme politique devenu bête de scène, souligne la presse francophone

Les journaux francophones évoquent la personnalité hors norme de celui qui fut ministre pendant dix-sept ans et l'une des figures emblématiques du PS Liégeois. Un constat revient au fil des éditoriaux: l'homme politique s'est perdu dans un jeu médiatique dangereux qui en a fait une bête de scène.

"Victime de l'image qu'il a lui-même créée", résume Le Soir qui insiste sur l'ambivalence du personnage: un homme intelligent maîtrisant les chiffres comme peu de ses semblables, un homme populaire et jovial ne se souciant guère de soigner sa relation difficile avec l'alcool. "Force est de reconnaître que, ces derniers temps, ce n'est pas son action politique qui le plaçait bien en vue dans les médias", souligne le quotidien.

Le journal rappelle la disgrâce politique de Michel Daerden au cours des deux dernières années. "Populaire et doué, il avait tout pour être l'homme fort du PS Liégeois dans les gouvernements. Ses frasques et ses relations chaotiques avec les autres clans de sa fédération en ont décidé autrement. Exclu d'un gouvernement Di Rupo trop soucieux de son image en Flandre, mis à la porte de sa commune par son protégé, Michel Daerden se battait toujours. Pour lui, pour son parti. Il méritait une meilleure sortie".

"Il était son pire ennemi", lance L'Avenir qui voit dans le défunt un "homme d'excès divers et paradoxaux". Le quotidien se montre lui aussi sévère sur la dérive médiatique dans laquelle Michel Daerden s'est laissé entraîner. Nos confrères de La Dernière heure n'éludent quant à eux pas la responsabilité des médias eux-mêmes quand a commencé la "Daerdenmania". "Nous, la presse dans sa quasi-totalité, en avons pleinement abusé. Il était le bon client, celui qui garantissait le succès d'un article ou d'une interview (...). Nous avons sans doute failli à notre tâche de critiques et d'observateurs avisés de la politique pour ne montrer finalement que ce qui nous faisait rire". "La deuxième mort de Papa", estiment les journaux du groupe SudPresse aux yeux desquels Michel Daerden n'avait pas dit son dernier mot en politique. "Il voulait sa deuxième chance. Il voulait triompher aux élections communes pour donner une leçon à tous ceux qui l'avaient enterré politiquement un peu trop vite".

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