Michelle Martin libérée sous conditions : réactions

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Michelle Martin est libérée sous conditions, a décidé le tribunal d'application des peines de Mons mardi matin. Elle sera envoyée au couvent des clarisses à Malonne.

Le Tribunal d'application des peines de Mons a précisé que Michelle Martin ne pourrait pas être envoyée dans un couvent de la province de Liège ni de Luxembourg et qu'elle devrait se tenir à distances des familles des victimes.

Les demandes de libération de Michelle Martin ont été refusées à trois reprises. En septembre, le TAP l'avait autorisée à quitter la prison si le plan de réinsertion présenté par la défense était réalisable. Celui-ci prévoyait qu'elle devait séjourner en France. Les autorités françaises avaient cependant refusé d'accueillir l'ex-épouse de Marc Dutroux sur leur territoire.

A la sortie du tribunal d'application des peines, Thierry Moreau, avocat de Michelle Martin a lu un communiqué de Soeur Christine, abbesse des clarisses de Malonne. "Notre chemin communautaire a croisé celui de Madame Martin à travers la demande de ses avocats. Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l'horrible souffrance des victimes et de leurs familles qui ont traversé l'enfer que l'on sait."

Les soeurs précisent avoir cherché à vivre au mieux cette tension. "Comment porter ces deux réalités à la fois? Ce ne fut pas facile... Notre coeur de femmes en a été troublé. Nous avons choisi d'accueillir ces deux souffrances l'une avec l'autre."

Les membres de la communauté du couvent de Malonne précisent aussi que chacun d'elles a pu débattre avec franchise du sujet.

Georges-Henri Beauthier surpris d'entendre parler d'indemnisations

Georges-Henri Beauthier estime que l'acte du jugement du tribunal de l'application des peines contient des erreurs voir des mensonges. Ainsi l'avocat de Jean-Denis Lejeune, de Laetitia Delhez et de sa maman s'en prend notamment au paragraphe qui prétend que depuis 2006 des versements, certes symboliques, sont mensuellement effectués vers les parties civiles. "Le jugement évoque une indemnisation des victimes. Or, ce n'est pas le cas. Personne n'a reçu un euro", s'est-il exclamé. Georges-Henri Beauthier, qui a introduit un pourvoi en cassation dénonce également le fait que, selon le projet de réinsertion au Monastère de Malonne un hébergement "au pair" offrant accueil, charges et nourriture en contrepartie d'un travail compensatoire de l'ordre de 4 heures par jour, cinq jours par semaine. "Elle aidera durant quelques heures et en échange, sera nourrie et blanchie. Elle ne sera donc pas payée. Il s'agit pour moi d'un déguisement de travail en noir et cela ne va pas", estime l'avocat. "Tant qu'il n'y aura pas de réel travail, les victimes ne seront pas indemnisées".

Paul Marchal : "Scandaleux que cela puisse arriver dans notre pays"

Il est scandaleux que quelqu'un qui a commis de tels actes odieux puisse être libéré de manière anticipée à la moitié de sa peine, a réagi mardi Paul Marchal, le père d'An Marchal, assassinée par Marc Dutroux avec la complicité de Michelle Martin

"Nous sommes bien entendus en tant que victimes, mais je me demande si on nous écoute vraiment", déclare Paul Marchal. "Les juges qui ont pris cette décision et les avocats qui ont fait adroitement usage de la loi telle qu'elle existe, ne sont pas sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne les faits horribles commis par Martin. Les juges n'attachent aucune valeur émotionnelle à cela. Ils devraient avoir été confronté de près à de tels faits une fois dans leur vie", a-t-il encore ajouté.

Paul Marchal, élevé religieusement, se pose par ailleurs des questions sur la religion "qui offre une assistance à de telles personnes".

La N-VA veut renforcer les règles en matière de libération conditionnelle

La N-VA, dans l'opposition au niveau fédéral, veut renforcer les règles en matière de libération conditionnelle, a commenté la députée Sophie De Wit. Pour elle, il faut en tout cas des règles plus sévères pour les récidivistes et il faut améliorer la communication avec les victimes.

"Que Michelle Martin, condamnée à 30 ans de prison et qui avait déjà avant cela été condamnée à 5 ans de prison, puisse déjà être libérée est difficile à comprendre" dit Sophie De Wit. Elle souligne aussi les manquements dans la communication avec les victimes. "Ecouter les victimes est une condition sine qua non, certainement dans une affaire comme celle-ci".

"La libération conditionnelle peut certes être une façon de permettre une réinsertion dans la société. Mais dans le cas de Michelle Martin, les choses sont différentes puisqu'elle a déjà eu cette chance après son premier jugement mais elle l'a gaspillée. Après sa condamnation de 1989, elle a commis des faits encore plus graves", insiste la députée N-VA.

Elle ajoute encore que cette affaire pourrait aussi être "un signal" pour mettre l'accent sur le fait que les économies faites sur les maisons de justice sont irresponsables.

Le PS ne commente pas la décision et renvoie à l'accord de gouvernement

Le PS a indiqué mardi dans un communiqué relatif à la libération de Michelle Martin ordonnée par le tribunal d'application des peines qu'"il ne lui appartient pas de commenter cette décision". Comme d'autres partis, il regrette cependant la manière dont les familles de victimes en ont été informées par le tribunal.

Concernant le débat sur la libération anticipée que certains partis ont relancé mardi à cette occasion, le PS a rappelé que l'accord de gouvernement prévoit une augmentation du seuil d'admissibilité à la libération conditionnelle pour les infractions d'une extrême gravité ayant entraîné la mort. "Cette partie de l'accord de gouvernement doit rapidement être mise en oeuvre", estime-t-il.

Le PS a également appelé à un "débat sérieux" sur les possibilités d'introduire un recours contre les décisions d'un Tribunal d'application des peines, comme sur les mesures d'encadrement de la libération conditionnelle en vue de s'assurer de la non récidive, autant de griefs entendus mardi dans certains rangs politiques à la suite de la décision concernant Michelle Martin.

Maxime Prévot regrette "fortement" un manque de communication

Le bourgmestre de Namur Maxime Prévot a appris mardi matin, sur son lieu de vacances, la décision du tribunal de l'application des peines de libérer sous conditions Michelle Martin. Il a également pris connaissance de la confirmation par les sœurs Clarisses de l'accueil de Michelle Martin au couvent de Malonne. "Tant comme bourgmestre que comme papa, je peux comprendre et partager l'émoi que cette information ne manquera probablement pas de susciter auprès de la population, en particulier mes concitoyens namurois", explique le bourgmestre dans son communiqué. Il précise qu'aucune prérogative ne lui permet d'interférer dans cette décision, "en vertu de la séparation des pouvoirs". Le bourgmestre de Namur ajoute néanmoins regretter "fortement" de ne pas avoir été informé par les autorités judiciaires, ni par les responsables du couvent, le plaçant "devant le fait accompli". "J'eus trouvé approprié, au vu de la personnalité de l'intéressée, qu'un contact préalable s'établisse, ne fût-ce que pour s'assurer que tous les aspects ont été analysés pour éviter tout trouble de l'ordre public, ce qui là, relève bien de mes prérogatives de bourgmestre", précise-t-il. Le bourgmestre de Namur prendra contact avec les autorités judiciaires et les sœurs Clarisses dès mercredi, à son retour de vacances.

Le cdH veut des peines de sûreté et un appel pour les TAP

Le cdH rappelle mardi qu'il a proposé, il y a plus d'un an, que la peine de prison soit renforcée pour les personnes condamnées pour un acte odieux ayant entraîné la mort. Concrètement, cela signifie que les juges auraient la possibilité d'assortir la condamnation d'une peine de sûreté, c'est-à-dire d'une peine de prison qui ne peut être réduite en cours d'exécution. Cette peine de sûreté serait augmentée en cas de récidive.

Le cdH souligne que cette idée se retrouve dans l'accord de gouvernement et demande dès lors à la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, de la mettre en oeuvre rapidement.

Le cdH rappelle également que le député Christian Brotcorne a déposé il y a plus d'un an une proposition instaurant une possibilité d'appel pour les décisions du tribunal d'application des peines.

Enfin, le cdH demande que la Justice accorde une considération plus importante aux victimes et aux familles des victimes, en permettant, par exemple, à leur avocat d'avoir un accès aux dossiers de libération conditionnelle quand elles sont parties à la cause.

Comme d'autres partis, Ecolo et FDF ont commenté mardi la décision du tribunal d'application des peines en faveur de la libération sous conditions de Michelle Martin, l'ex-épouse de Marc Dutroux.

Tout en rappelant la nécessité de respecter la séparation des pouvoirs, Ecolo appelle à un "débat serein et non démagogique" car certains éléments soulevés à la suite de la décision du TAP "posent question".

Les écologistes regrettent notamment que ce soit la presse et non le pouvoir judiciaire qui ait informé certains des parents de victimes.

Par l'entremise de leur coprésident Olivier Deleuze, les Verts appellent également à un débat sur la notion de "récidiviste".

Enfin, comme d'autres, Ecolo estime que le ministère public et les victimes devraient avoir la possibilité de faire appel des décisions du TAP.

En commentant le cas précis de Michelle Martin qui "ne fait qu'utiliser la loi actuelle", le FDF estime à l'instar du MR et du cdH, et comme le prévoit l'accord de gouvernement, que "le seuil d'admissibilité à la libération conditionnelle devrait être relevé". Cette période minimale serait alors considérée comme une "période de sûreté", observe le parti d'opposition. Il serait impossible pour le condamné d'obtenir sa libération avant le terme de cette période, commente le FDF.

Pour Jean-Denis Lejeune, on n'a pas tenu compte des désidérata des victimes

Selon Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, la décision du tribunal d'application des peines ne tient pas compte du tout du souhait des victimes.

"Nous avions demandé qu'il y ait une distance de 100 kilomètres entre notre domicile et le lieu où elle séjournerait. Ce ne sera pas le cas étant donné qu'elle sera hébergée à Malonne, il n'y en aura que 60."

Jean-Denis Lejeune parle d'un renard que l'on jette dans la nature. "On parle d'une femme soumise. C'est tout l'inverse. C'est une manipulatrice. Pour moi, elle est pire que Dutroux. Il ne faut pas oublier qu'elle a eu de multiples possibilités de les libérer. Elle ne l'a pas fait. Son rôle a été minimalisé." Le papa de Julie précise qu'il n'y a rien d'illégal dans la démarche de Michelle Martin. "Le problème est au niveau des lois. Ses avocats et elle ne font que l'appliquer".

Jean-Denis Lejeune conclut en affirmant qu'il espère que ceux qui ont pris la décision assumeront ce choix. "Il en va de même pour celles qui ont accepté de l'héberger". Il ajoute que le fait que son avocat n'ait pas pu obtenir la décision du tribunal d'application des peines ce matin est une colère supplémentaire

Child Focus regrette la douleur supplémentaire imposée aux victimes

Child Focus estime que la décision de libérer Michelle Martin sous conditions ne tient pas suffisamment compte de l'intérêt des victimes et de la gravité des faits, a annoncé l'ONG mardi dans un communiqué. Child Focus déplore la libération conditionnelle de Michelle Martin et regrette la douleur supplémentaire qu'elle cause aux victimes et à leurs familles. Michelle Martin avait été condamnée à 30 ans de prison pour association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et les séquestrations d'enfants, séquestrations et tortures et pour avoir participé au viol d'une jeune Slovaque.

le sp.a veut aussi des peines de sûreté ou incompressibles

Le sp.a est également favorable à l'instauration de peines de sûreté ou incompressibles pour certains faits graves, a indiqué le député Renaat Landuyt.

"On ne peut se contenter de faire confiance à un couvent. Il faut aussi des directives claires pour la police et les assistants de justice", souligne M. Landuyt dans un communiqué.

Le député se dit surpris par la décision. "Le jury n'a certainement pas prévu en condamnant Michelle Martin à 30 ans qu'elle serait libérée après 16 ans".

Et d'ajouter que les jurys et les juges devraient pouvoir assortir les peines de période de sûreté. Pour lui, la société, le jury et les juges devraient pouvoir partir du principe qu'un condamné exécutera la peine à laquelle il a été condamné. "Certainement lorsqu'il s'agit du procès du siècle".

Le député ajoute encore que les réactions des victimes font clairement apparaître qu'il faut améliorer les contacts du tribunal d'application des peines avec celles-ci.

Sabine Dardenne s'en doutait

"Certaines personnes sont plus choquées de la nouvelle que moi. Ne faisons pas les ignorants, depuis le 9 mai 2011, on savait qu'elle allait sortir, ce n'était qu'une question de temps et de plan", a réagi mardi sur Facebook Sabine Dardenne, l'une des victimes de Marc Dutroux, à la suite de la libération sous conditions de Michelle Martin. "Pour ma part, je vais essayer de vivre au mieux ma vie, comme je le fais depuis 16 ans... Je suis en vacances et elle ne gâchera pas ma vie une fois de plus...", souligne-t-elle encore.

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