Belgique

"Si quelque chose doit arriver, ça arrivera , nous disait très simplement une vendeuse de l’avenue Louise, à Bruxelles, en décembre dernier. La présence des soldats [dans la rue] est sans doute dissuasive, mais si des terroristes veulent vraiment se faire exploser, ils iront deux cents mètres plus loin." Les faits lui ont donné raison, alors que des militaires étaient présents, mardi, à l’aéroport de Bruxelles-National (Zaventem).

Le gouvernement avait décidé du déploiement de soldats sur notre territoire national après les attentats du 6 janvier 2015, à Paris, contre "Charlie Hebdo". 150 membres des forces terrestres avaient été chargés de protéger à Bruxelles et Anvers des bâtiments sensibles, tels que les ambassades ou les institutions internationales. Mais dès cet instant, des interrogations sur l’efficacité d’une telle mesure se faisaient entendre. Notamment celles de Patrick Descy, de la CGSP Défense.

"Contre le terrorisme, quelle peut être l’utilité des militaires dans les rues ? , se demande-t-il encore aujourd’hui. Il y a eu les attentats du 13 novembre à Paris malgré la présence de 10 000 militaires déployés sur le territoire français. Chez nous, pas un militaire n’a vu Salah Abdeslam à Molenbeek. Et pas un militaire n’a pu empêcher l’attentant à l’aéroport de Zaventem… On me dit que cette présence rassure les gens. Très bien. Mais faut-il dépenser un million d’euros par mois pour rassurer les gens… ?"

"Manque de vision stratégique"

Le syndicaliste reproche au gouvernement "un manque de vision stratégique" . Selon lui, le combat contre le terrorisme se gagnera "en investissant" dans la lutte contre le radicalisme ou dans l’éducation. Quant aux militaires, "ils seraient cent fois plus utiles en opération, contre Boko Haram, Al Qaïda ou Daech" .

Après les attentats parisiens du 13 novembre, le gouvernement avait renforcé la présence des soldats en rue. Leur nombre était monté à plus de 1 200 au moment où la menace terroriste avait atteint son niveau maximal à Bruxelles. Le 17 mars, le conseil des ministres fixait le nombre de soldats à "maximum 1 000" , "dont maximum 740 en rue" . Il a augmenté ce chiffre de 225 unités, mardi, et ne se questionne visiblement pas encore sur l’efficacité de sa politique. "Ça fera partie de l’évaluation des mesures prises" , a laconiquement commenté le Premier ministre Charles Michel (MR), mardi midi. "C’est efficace, mais, ici, on a affaire à des terroristes qui se font exploser. Il est difficile de réagir" , a complété le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR). Le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) s’est, lui, refusé à tout commentaire.

"Présence très efficace pour protéger des bâtiments"

Selon une source gouvernementale, très au fait de la problématique, la présence des soldats "est efficace pour protéger des bâtiments" . Mais notre interlocuteur concède que l’impact est nettement moindre "dans des lieux ouverts comme les gares, le métro ou les aéroports" . Cela dit, même dans ce cas, "la présence des militaires peut avoir un effet : en voyant les soldats, la personne qui veut se faire exploser va se précipiter, de peur de ne pas atteindre ses objectifs, et fera moins de victimes… Mais, effectivement, les militaires n’empêcheront pas l’explosion" .

"Ils ne sont pas là pour empêcher quoi que ce soit" , embraie Gilles Van Oosthuijze, du SLFP Défense. Contrairement à la CGSP, le syndicat est favorable au déploiement des militaires dans la rue. "C’est une mesure complémentaire à ce que les forces de l’ordre peuvent mettre en place pour augmenter la vigilance dans le pays. Ils sont là dans un rôle d’observation, en renfort de la police, qu’ils doivent prévenir en cas de problème. Ils pourront aussi réagir après une attaque. Mais ils ne vont jamais empêcher un attentat d’être perpétré. Pas plus qu’un policier en rue ne pourrait le faire" , conclut M. Van Oosthuijze.