Belgique

entretien

La présidente du CDH dévoile le dispositif mis en place par le parti orange en vue des élections du 10 juin.

On vous a vu tête de liste au Sénat, tête de liste à la Chambre : où vous présenterez-vous finalement ?

Sachant que les véritables enjeux sont à la Chambre, on doit mettre toutes nos forces à la Chambre. Donc, nous mettons toute notre génération "forte" sur les listes à la Chambre. Catherine Fonck sera tête de liste dans le Hainaut, Melchior Wathelet à Liège, André Antoine dans le Brabant wallon, Benoît Lutgen et Josy Arens dans le Luxembourg, Maxime Prévot à Namur. Cela aurait été compliqué que je ne prenne pas la responsabilité de mener le combat à la Chambre. Avec Benoît Cerexhe, nous avons une liste forte et plurielle à Bruxelles.

Qui emmènera les troupes du CDH au Sénat ?

Côté francophone, on voit bien que les listes pour le Sénat n'incarneront pas les partis politiques mais incarneront le Sénat. Il était donc logique que nous placions un sénateur à sa tête : Francis Delpérée. Il a pour objectif clair de s'investir dans ce travail. A côté d'Anne-Marie Lizin et d'Armand De Decker, le choix de Francis Delpérée est logique. On doit faire entrer dans les mentalités que les listes du Sénat sont des listes de sénateurs et qu'à la Chambre les listes sont politiques.

Mais vous-même avez hésité à vous présenter au Sénat...

Cela a été un déchirement. Et vu l'état des listes des autres partis, cela aurait été facile de faire un bon score personnel. Mais ce n'est pas l'enjeu des élections. Notre ambition est d'augmenter le nombre de sièges du CDH à la Chambre.

Avez-vous fait éclater le front francophone en refusant toute révision de la Constitution ?

Certaines expressions sont teintées d'une extrême mauvaise foi. Je pose simplement une question : est-il nécessaire, pour les francophones, de réviser la Constitution ? Je ne dis pas que je suis contre une révision de la Constitution, je demande s'il est opportun pour les francophones de s'engager dans une révision. A priori, une révision n'est pas nécessaire. Et je ne crois pas qu'il y ait d'urgence.

Donc, vous êtes contre cette révision de la Constitution ?

Je suggère que nous discutions avec les autres partis francophones de la majorité afin d'avoir la liste la plus courte possible d'articles à réviser. Concertons-nous afin d'éviter d'aller trop loin. J'espère que les présidents de partis francophones de la majorité entendront cet appel positif à la discussion. Mais certains francophones semblent vouloir discuter de régionalisation des politiques de l'emploi : cela me semble sortir de ce dont le CDH est prêt à discuter.

Qui dit cela ? Le MR ?

J'entends Louis Michel qui dit que cela ne l'empêchera pas de dormir si on supprime les facilités. J'entends le MR qui dit qu'il faudra lui démontrer que la régionalisation de l'emploi est réellement mauvaise : ce sont des termes que nous n'acceptons pas. Mais c'est vrai que le partenaire du MR, l'Open VLD n'est pas très tendre avec les francophones...

Vous seriez plus ferme à l'égard des Flamands ?

Nous n'avons jamais construit notre combat sur une opposition avec les néerlandophones : je travaille avec des Flamands tous les jours et je m'en réjouis. Néanmoins je trouve étonnant cette révolution copernicienne qui fait qu'il serait démodé, ringard et immobiliste de défendre l'intérêt des francophones de manière positive. Mais où va-t-on ? Louis Michel en 1999 a fait toute sa campagne sur le non à la réforme institutionnelle et, soudainement, on deviendrait immobiliste en refusant de démanteler et de dépecer le fédéralisme d'union. Alors, quand on nous taxe d'immobilisme, c'est un peu contraire à tout ce qui a été dit auparavant par le MR. Et je m'étonne des silences du FDF.

Le CDH est-il handicapé par le discours communautaire radical du CD & V et de la NV-A ?

C'est une stratégie caricaturale de diabolisation d'une personne. Mais a-t-on lu les résolutions du Parlement flamand ? Est-ce que l'Open VLD est contre la régionalisation de l'emploi ? Non ! Est-ce que l'Open VLD est contre l'adoption d'une constitution flamande ? Non ! Le CD & V n'est pas plus mou mais n'est certainement pas pire que l'Open VLD. Il y a une volonté politicienne de maintenir la majorité actuelle en place, malgré des libéraux en perte de vitesse, au Nord et au Sud du pays. Et on se retrouve avec le parti d'un Premier ministre qui pèse proportionnellement moins que le CDH... Si on nous traite de lilliputiens, alors le parti de Verhofstadt est super-lilliputien. Dans l'opposition, Verhofstadt était proche des flamingants : il était tout sauf un modéré. Le CD & V tient un discours d'opposition fédérale.

Le CD & V adoucirait son discours en accédant au fédéral ?

Si, d'aventure, un CD & V devenait Premier ministre, il modérera son discours. Quand on connaît les hommes, et quand on connaît Yves Leterme, on comprend mieux. Yves Leterme est un francophile, il connaît très bien la Wallonie, il n'est pas quelqu'un qui défend des thèses exaltées. Il n'y a pas un bon Flamand d'un côté et un mauvais flamand de l'autre : non ! Et un Johan Vande Lanotte (SP.A) ne va pas moins loin sur la régionalisation de l'emploi que le CD & V. Cette diabolisation du CD & V est un peu simple.

C'est vrai qu'Yves Leterme tresse des lauriers au CDH depuis quelque temps...

C'est très bien.

Peut-être a-t-il compris qu'il a intérêt à compter sur le soutien du CDH pour accéder au fédéral ?

On a toujours eu de très bons contacts. On s'estime mutuellement, je l'apprécie en terme humain et intellectuel. C'est quelqu'un qui ne pratique pas la politique spectacle. Il a des qualités que les Flamands lui reconnaissent car il caracole en tête des sondages.

Là, sur la vignette autoroutière, il a retourné sa veste...

On est dans un contexte de campagne électorale.

Pencheriez-vous pour un Premier de votre famille politique ou un Premier francophone ?

Je penche pour un Premier francophone, quel qu'il soit. On est quatre millions de francophones, on n'est pas moins intelligents ni moins courageux, il n'y a pas de fatalité à avoir un néerlandophone à ce poste à chaque fois. Mais je refuse de le payer trop cher en terme institutionnel. Si c'est un néerlandophone, il y a trois "premier-ministrables" : Verhofstadt, Vande Lanotte et Leterme qui a les mêmes capacités que les autres, un discours identique et le soutien de la majorité.

Et si c'est un francophone ?

Il n'y a qu'une possibilité.

Elio Di Rupo ?

Arithmétiquement, oui.

Et Didier Reynders ?

Non. Lui, ce sera la fois prochaine, apparemment...

D'où vient cette hargne que vous nourrissez l'un pour l'autre ?

Je n'ai jamais critiqué ou attaqué en premier lieu. C'est notre ligne : convivialité et respect. Avoir en face quelqu'un qui mélange mépris et arrogance... Je ne rentrerai pas dans ce bac à sable.

Serez-vous ministre si le CDH accède au fédéral ? Et cumulerez-vous avec présidence du parti ?

Je n'ai pas de plan de carrière. Si on monte au fédéral, rien n'est décidé. Il est possible que je monte au gouvernement. Mais que je proposerai quelqu'un comme Melchior Wathelet Jr : oui. Parce que je crois qu'il fera un excellent ministre. Une chose est certaine : je ne cumulerai jamais un poste de présidente de parti et un poste de vice-Premier ministre. Ce n'est pas sain.