Belgique

Le chercheur belge Montasser AlDe’emeh est dans le collimateur de la justice belge. Il a été interpellé lundi matin à son domicile de Molenbeek dans le cadre d’une instruction lancée par un juge malinois, à la demande du parquet fédéral, compétent en matière de terrorisme. Le parquet de Malines l’a relâché en début de soirée, sous plusieurs conditions, dont l’une est de ne pas s’exprimer à la presse.

On reproche à ce chercheur d’origine palestinienne - l’une des voix les plus écoutées en matière de "déradicalisation" - d’avoir émis une fausse attestation en faveur d’un jeune Belge, Jawad O., en détention préventive depuis le 24 novembre pour avoir émis le souhait de faire le djihad en Syrie et inculpé à ce titre de "participation aux activités d’un groupe terroriste".

Cette attestation prouverait que Jawad a pris part à un parcours de déradicalisation auprès du centre "De Weg Naar" que Montasser gère à Molenbeek. Elle a été présentée lors d’une audience de la chambre du conseil d’Anvers le 27 novembre dernier, qui statuait sur le maintien en détention du suspect. Or, selon le parquet fédéral, il s’agirait d’une "fausse attestation de témoin".

Montasser AlDe’emeh a été interpellé alors qu’à Malines, la police arrêtait le frère du détenu, Khalid O. Ce dernier n’est autre que l’imam de la mosquée Al Buraq de la ville. Khalid estime que Daech n’a rien à voir avec l’islam. "Les extrémistes musulmans n’existent pas", a-t-il déclaré, cité par "Het Laatste Nieuws" en novembre 2015.

Les trois hommes ont été déférés devant une juge d’instruction, qui a relâché le chercheur. Khalid O. a également été remis en liberté. Les trois prévenus ont été inculpés de faux et usage de faux en écritures.

Un chercheur très médiatisé

Montasser, 27 ans, est devenu une star médiatique en Belgique pour s’être rendu en 2014 en Syrie auprès d’un groupe de Belges proches du Front Al Nosra, une filiale d’Al Qaïda. Il a fait ce court voyage pour finaliser une thèse de doctorat à l’université de Nimègue aux Pays-Bas. Il est aussi l’auteur d’un livre "Pourquoi nous sommes tous djihadistes" (éditions La Boîte à Pandore) et a été interviewé par de nombreux médias, dont "La Libre Belgique" en décembre.

Les proches des djihadistes - dont l’association Les parents concernés - le considèrent comme l’un des seuls capables de parler aux djihadistes et d’utiliser les ressources du Coran pour les faire revenir.

Les attentats de Paris du 13 novembre ont définitivement convaincu Montasser AlDe’emeh qu’une partie des djihadistes belges sont irrécupérables car ils croient en l’Etat islamique et veulent y vivre. En revanche, il estime qu’il existe un groupe de jeunes Belges sur lequel il faut travailler. "On ne les a pas accompagnés, on ne les a pas écoutés : que ce soit leur famille ou les imams", dit-il.