Belgique L‘étudiante avait dénoncé à la police en 2015 le comportement déplacé du voisin qui la tuera. Ce délinquant sexuel n’avait pas été inquiété.

La police de Liège a-t-elle suffisamment pris au sérieux la jeune étudiante française Louise Lavergne, lorsqu’elle est venue, en février 2015, dénoncer le comportement déplacé de son voisin ? Cet homme né en 1963, qui avait déjà été condamné à deux reprises pour viol et était sous libération conditionnelle, ne sera alors pas inquiété.

L’épilogue est tragique : dimanche, Patrick Vanderlinden a tué la jeune femme, qui a succombé d’un coup de couteau au thorax. Interpellé mardi soir, l’homme a été inculpé et placé sous mandat d’arrêt mercredi. Il est passé aux aveux après avoir été confronté à ses incohérences.

Il serait venu une première fois frapper à la porte de l’étudiante qui occupait un logement à l’étage en dessous du sien. Elle n’aurait pas répondu. Il aurait frappé une seconde fois. Louise aurait ouvert la porte et, à sa vue, aurait pris peur ? Il l’a alors tuée. "Il sera capital de décrypter sa psyché pour essayer de comprendre le déroulement des faits. Dans ma lecture, on n’a visiblement pas une personne qui a mûrement réfléchi avant d’agir. Je crois que l’on a une personne qui cède à une impulsion instantanée", décrypte l’avocat de l’inculpé, Me François Dessy.

Un incident tout sauf anodin

La peur de Louise pourrait s’expliquer par un incident pas anodin survenu en février 2015. Louise Lavergne avait reçu, sous sa porte, une lettre de Patrick Vanderlinden dans laquelle il déclarait sa flamme, en des termes semble-t-il crus. L’homme s’était ensuite exhibé nu devant la jeune femme. Avant de s’excuser. Louise Lavergne s’était présentée à la police pour dénoncer le comportement de son voisin, sans explicitement porter plainte.

La police avait écrit une fiche d’information. Mais elle n’avait pas rédigé de procès-verbal ni, sans doute, vérifié le profil de Vanderlinden. Un PV aurait conduit à des vérifications. Il serait alors apparu que délinquant sexuel, il était en libération conditionnelle. Celle-ci aurait pu être levée.

Peut-on dire qu’il y a alors eu faute dans le chef de la police ? C’est un pas que le parquet de Liège ne franchit pas. Il va tout d’abord voir ce que contenait ladite "fiche d’information" avant d’éventuellement décréter que le policier aurait dû rédiger un procès-verbal. "Des vérifications seront menées", indiquait jeudi le premier substitut Catherine Collignon.

En février 2015, Patrick Vanderlinden était libéré conditionnel. Il était dès lors astreint à un suivi. Cela est toujours le cas aujourd’hui. Depuis août 2015 - et jusqu’en 2020 - Patrick Vanderlinden est "libéré sous surveillance". Le tribunal de l’application des peines ne peut accorder aux délinquants sexuels une "libération sous surveillance" qu’à la condition de suivre une guidance ou un traitement auprès d’un service spécialisé dans le suivi des délinquants sexuels.

Les dates clés

"Libéré sous surveillance" jusqu’en 2020

19 août 2003 : Détenu préventivement pour viol. Sa peine sera de 3 ans avec sursis pour les deux tiers. Libre le 27 juillet 2004.

15 avril 2006 : A nouveau arrêté pour viol. Il sera condamné à 6 ans de prison et 5 ans de mise à disposition du gouvernement (désormais à disposition du TAP). Le sursis de 2 ans tombe.

18 juillet 2010 : Il est libéré conditionnellement, avec 5 ans de conditionnelle, soit jusqu’en 2015, date à laquelle il tombe, pour 5 ans, sous "libération sous surveillance" en raison de la mise à disposition du TAP et de son statut de délinquant sexuel.