Belgique

"J'ai le sentiment que ce n'est pas l'heure de politiser les choses". Frédéric Daerden, député fédéral socialiste, donnait le ton ce matin sur les ondes de la Première. Entendez : l'heure n'est pas aux raccourcis.

En commission intérieure, ce lundi après-midi, la récupération politique n'était pas à l'ordre du jour. Outre les questions "factuelles" sur l'enquête (pourquoi un policier a fait usage de son arme ? Quelles sont les règles d'engagement ? Combien de tirs ont eu lieu ? Pourquoi les occupants de la camionnette, des témoins précieux, ont-ils été relâchés ?), les parlementaires ont interrogé Charles Michel (MR) sur le traitement réservé aux parents de Mawda, qui ont indiqué avoir appris le décès de leur fille après le reste du pays. Pourquoi ont-ils été séparé de leur fille, touchée, et placés en cellule avec leur fils ? Des moyens seront-ils déployés par le fédéral pour les aider pour prendre en charge l'enterrement ? Un soutien psychologique leur a-t-il été proposé ? La famille pourra-t-elle reste sur le territoire le temps que l'enquête soit terminée ?

Bon nombre de ces questions sont restées sans réponse, Charles Michel insistant sur la séparation des pouvoirs. "Je refuse toute forme d'instrumentalisation du décès d'une fillette", a-t-il aussi , comme ce dimanche sur le plateau de RTL-TVI.

"Une politique ferme mais disproportionnée"

Cette déclaration faisait suite à un tweet de Zakia Khattabi, co-présidente d'Ecolo, qui a mis en cause la responsabilité du gouvernement dans l'incident qui a coûté la vie à Mawda. Une affirmation dont l'ombre plânait en commission ce lundi. Tous les partis, majorité comme opposition, y ont ainsi fait référence, tout en restant très prudent. George Dallemagne (CDH) a ainsi entamé ses questions par un franc "je ne pense pas que ce soit la faute du gouvernement" avant de glisser que "les instructions données aux policiers ne doivent pas leur faire oublier qu'ils sont face à des gens qui fuient la guerre ou la misère". Pour Julie Fernandez Fernandez (PS) "l'un n'est pas la cause de l'autre. Mais il y a un climat délétère qui a joué un rôle. Des comportements se sont libérés, notamment ici, à la Chambre" insinue-t-elle, plus prudente.

Benoit Hellings (Ecolo), a quant à lui rappelé quelques lois et déclarations qui ont généré un climat anti-migrants en Belgique. "La mort de Mawda n'est pas la conséquence directe de l'action du gouvernement. Mais on est dans une ambiance où on stigmatise sans cesse les migrants, les populations étrangères, les sans-papiers. Ca a des conséquences sur le terrain. On entend tout le temps 'une politique ferme mais humaine'. En fait, elle est ferme mais disproportionnée. Utiliser une arme à feu contre le trafic d'êtres humains, c'est comme l'utiliser contre la prostitution. On utilise une arme contre un bandit armé mais pas contre des migrants de transit dans une camionnette", fustige-t-il, avant d'autres exemples, comme la loi visant à expulser les ressortissants étrangers en séjour légal au nom de la protection de l'ordre public et la sécurité nationale ou celle contraignant les demandeurs d'asile à soumettre leur GSM et ordinateur portable à un contrôle pour permettre d'établir leur identité. 

Après les réponses de Charles Michel, les trois députés ont salué la sérénité dans laquelle se sont déroulés les débats et ont insisté pour que la famille de Mawda puisse rester légalement sur le territoire.