Belgique

La justice belge a déclaré un non-lieu dans le dossier à charge de deux Belges placés depuis janvier 2003 sur la liste noire de l'Onu en matière de terrorisme, a révélé jeudi «La Libre Belgique».

Le parquet n'a pas interjeté appel dans les délais à cette décision prise par la Chambre du Conseil le 19 décembre, ce qui blanchit, en tout cas du point de vue belge, Nabil Sayadi et Patricia Vinck, un couple avec quatre enfants, résidant dans le village de Putte, près de Malines.

Le couple faisait l'objet d'une enquête de la justice belge depuis le 3 septembre 2002. Placés sur la liste, compilée par l'Onu, des personnes «appartenant ou associées à al Qaeda et aux Talibans d'Afghanistan», ils subissaient, depuis, plusieurs mesures, comme le gel de leurs comptes en banque.

Leur avocat a annoncé jeudi à «La Libre» son intention de porter plainte auprès de Louise Arbour, la haute commissaire de l'Onu des droits de l'Homme.

«A partir du moment où la Belgique ne parvient pas à radier leur nom de la liste établie par le comité de l'Onu, je vais articuler une plainte auprès de Mme Arbour (...) pour lever cette espèce de mort civile des Sayadi», dit M.Georges-Henri Beauthier. «Imaginez qu'on vous supprime tout depuis trois ans et que vous ne puissiez bénéficier que d'une allocation pour handicapés?»

Le comité des sanctions de l'Onu est une émanation du Conseil de sécurité. Lorsque la Belgique avait demandé la radiation des époux Sayadi, plusieurs pays s'y étaient opposés, dont les Etats-Unis.

Deux juges ont enquêté

Washington reproche à Nabil Sayadi d'avoir été en contact, au début des années 90, avec Wadih El Hage, devenu vers 1992 le secrétaire particulier d'Oussama Ben Laden. Les enquêteurs espagnols et américains ont aussi retrouvé la trace de contacts, par téléphone et par voyage, entre Sayadi et Mohamed Zouaydi, présenté comme l'un des grands argentiers d'al Qaeda en Europe. Toutefois, après plusieurs commissions rogatoires en Espagne et aux Etats-Unis, ni le juge Damien Vandermeersch, ni la juge Martine Quintin, spécialisée dans les affaires financières, n'ont trouvé de quoi inculper le couple en Belgique.

«Si les Américains ont quelque chose contre eux, qu'ils le donnent!», dit M. Beauthier. La Sûreté de l'Etat partage l'analyse que le couple ne présente plus de danger pour la Belgique, ce qui n'était pas le cas du Comité «R», qui reprochait à la Sûreté, dans son rapport 2004, d'accorder si peu d'attention au couple de Putte.

Nabil Sayadi, un Belge d'origine libanaise, et Patricia Vinck, une Flamande convertie à l'islam, avaient fondé en novembre 1994 à Etterbeek la branche européenne de la Global Relief Foundation (GRF), une ONG américaine qui s'était donnée pour objectif d'aider les Musulmans dans les conflits.

Une «histoire surréaliste»

Cette ONG est tombée sous la coupe du FBI après les attentats du 11 septembre. «C'est une histoire surréaliste qui nous arrive», avait dit Patricia Vinck dans une interview l'an dernier. «On prétend que nous vivons dans un monde libre, mon oeil. Nous n'étions pas Belges. Nous n'étions que Musulmans».

© La Libre Belgique 2006