Belgique

Nous voulons retrouver nos sans-papiers. Nous avons vécu avec eux pendant deux mois», tempête Madame Delphin qui tient le bar «El Retiro», juste à côté de l'église Notre-Dame Immaculée d'Anderlecht. Comme elle, une centaine de manifestants sont venus crier leur désapprobation après l'expulsion, mardi, des quarante-huit sans-papiers qui occupaient l'édifice religieux. Des paroissiens, des riverains, mais aussi des sans-papiers. «Nous n'avons jamais demandé l'expulsion, s'insurge MmeDelphin. Nous voulions juste que les choses soient remises d'aplomb. Ceux qui posent des problèmes à l'extérieur sont toujours là.»

Une célébration devait avoir lieu à midi. Mais des policiers postés devant la porte ont empêché quiconque, en dehors de l'abbé Jan Claes, d'entrer dans le bâtiment. Une bousculade sans gravité a eu lieu lorsque les manifestants ont malgré tout voulu pénétrer dans l'église.

Reste que le bourgmestre MR d'Anderlecht, Jacques Simonet, en tant que chef de la police, a le droit de faire respecter l'ordre dans les lieux publics. Et une église en est un. Autre chose consiste à intervenir pendant l'exercice du culte. Une telle intervention ne peut avoir lieu que dans des cas extrêmement graves. Pour le reste, c'est le curé qui dispose d'un droit de police. Ainsi peut-il permettre, par exemple, à un fidèle d'assister à la messe avec un chien, s'il considère qu'aucun trouble n'est apporté à l'office. Quant à savoir si la présence de sans-papiers dans une église constitue un trouble à l'ordre public, cela relève évidemment de la responsabilité politique du bourgmestre que de l'affirmer.

Les cloches

A midi, les cloches ont tout de même sonné. Des membres de l'UDEP et de la CSC sont intervenus et le prêtre est sorti. «Nous sommes ici pour soutenir les quarante-huit déportés. Comme toujours depuis onze semaines (le début de l'occupation: NdlR.), nous avons la liberté d'avoir un moment de prière.» Les prières ont donc eu lieu à l'extérieur. Une soixantaine de manifestants ont par la suite gagné la maison communale d'Anderlecht aux cris de: «Simonet raciste.» Ou: «Simonet démission.» «Nous demandons deux choses, explique Kafum Lafi, un manifestant congolais: la réoccupation de l'église et la libération des sans-papiers.» Mais le bourgmestre n'a pas ce pouvoir puisque les dossiers ont été examinés par l'Office des étrangers. Les cris ont continué sous les fenêtres du maïeur, tandis qu'une femme égrenait les noms des sans-papiers arrêtés. D'autres participants ont levé leurs cartes d'identité en criant: «Des papiers pour tous.» Finalement, une délégation a été reçue par le bourgmestre. Mais la réunion a tourné au dialogue de sourds. «L'église sera rouverte dès que le comité d'hygiène sera passé, au plus tôt lundi. Mais il n'est pas question qu'une autre occupation se mette en place», a fait savoir Jacques Simonet.

© La Libre Belgique 2006