Belgique

Ambiance des grands soirs, un de plus dira-t-on, mais qu'on a pu espérer définitif, cette fois, au terme d'innombrables turbulences : hier soir, le conseil communal de Charleroi a accepté officiellement la démission collective de son collège communal sortant, avant de mettre en place la nouvelle équipe. Grands soirs, après d'autres, qui avaient vu des échevins en remplacer d'autres, inculpés ou emprisonnés, puis un premier échevin faire office de bourgmestre incarcéré, et enfin ce même premier échevin inculpé, et forcé à la démission. On a éprouvé le sentiment, hier soir, devant une salle du conseil comble le plus souvent paisible, qu'on aboutissait enfin au dernier acte d'un feuilleton sinistre, et qui aura costumé la première métropole wallonne aux couleurs d'une ville plus souvent citée pour ses tripotages, ses dérapages et ses chipotages, que pour ses actions de grande envergure positive depuis près de deux ans.

Le temps était donc venu, hier, de tenter de rabibocher ceux qui avaient pris part, à des titres divers, aux actes précédents. Les tonalités n'ont pas été toutes heureuses, loin s'en faut. Des rancunes sont toujours vives, et des cicatrices à coeur ouvert, qui ne sont pas près d'être refermées. Bien sûr, chacun y a mis du sien, et dans une dignité certaine. Ainsi de Léon Casaert, visiblement touché, et qui n'a pas manqué de rappeler deux évidences : oui, du travail a été accompli en quelques mois, et il importe de ne pas jeter les échevins avec l'eau du bain des inculpations; oui, Léon Casaert a le coeur lourd, et son inculpation comme celle des autres échevins débarqués du collège sortant, ne signifie nullement, aujourd'hui, qu'ils soient coupables. Ce devait être dit, et Léon Casaert l'a rappelé, sans larmoyer.

Plus acide a été l'intervention de Philippe Van Cauwenberghe, qui n'a visiblement pas digéré d'être évincé, et moins encore la manière et les motifs qui lui ont valu de ne plus être échevin, des motifs dans lesquels il a surtout vu des prétextes : il a évoqué le délit d'homonymie, se disant tout de même "affecté mais grandi" au sortir de cette épreuve, qui lui a tout de même permis de rappeler que, trente ans durant, ce même nom avait eu toutes les faveurs de Charleroi, pendant le règne de son père.

Côté Ecolo, on aura eu droit au langage fleuri de Luc Parmentier, et à des métaphores marines qui auront rappelé à la fois les risques, les aventures et les périls auxquels sera livrée demain la nouvelle équipe. Sans surprise, le chef de groupe PS s'est voulu pacificateur, et Etienne Knoops, pour le MR, assez acide pour rappeler les faiblesses de l'équipe sortante, et ses espoirs dans celle qui s'installe. Il aura été le premier à soulever, dans le public, quelques cris qui, curieusement, paraissaient davantage s'adresser à Elio Di Rupo qu'au pouvoir local. Intervention unanimiste, encore, chez Véronique Salvi, pour le CDH, féministe mais sans excès, avant de terminer par un "Au boulot, car les Carolos vous attendent". Le tumulte le plus fort sera né d'une intervention sans grand intérêt, venue d'un dissident du FN, qui aura eu pour effet de voir la salle tourner ostensiblement le dos aux bancs communaux, en chantant "Pays de Charleroi", avec une belle unanimité. Cela fait, le nouveau pacte de majorité a été adopté : seul, dans la majorité, Philippe Van Cauwenberghe a voté "non". Et les échevins ont pris place...