Belgique

Toute composition d’exécutifs est un dosage de continuité et de changements, un rapport de force entre coalisés, une décantation interne à chacun d’eux, un équilibrage sous-régional, un patchwork de portefeuilles Les gouvernements sortis dans la nuit de mercredi à jeudi n’y dérogent pas. Voyons d’abord le wallon et le francophone.

1Combien ? Le gouvernement wallon compte 8 membres : 4 PS, 2 Ecolo, 2 CDH. Soit 1 ministre de moins que la coalition PS-CDH sortante. Celui de la Communauté française en compte 7: 3 PS, 2 Ecolo, 2 CDH. Mais 5 sur 7 sont à "double casquette", c’est-à-dire siègent aussi au gouvernement wallon (4 cas : le Président PS et chacun des vice-Présidents Ecolo, CDH, PS) ou bruxellois (1 cas, Ecolo). Restent 2 ministres uniquement communautaires (contre 3 sortants), CDH ou PS, pour les deux compétences les plus importantes il est vrai (enseignement obligatoire et culture). Ainsi en arrive-t-on à 10 ministres différents à la Région wallonne et à la Communauté française. C’est 2 de moins que les équipes sortantes, mais 1 de plus qu’au nouvel exécutif flamand comparable. Une réduction encore relative donc, mais déjà politiquement éprouvante, à devoir servir un parti de plus par rapport à 2004. Laquelle réduction colle bien sûr avec les humeurs citoyennes et morosités budgétaires; mais aussi avec un système de "doubles casquettes" plus poussé (cette fois rouvert à Bruxelles, comme en 1995-99) dont on attend, idéalement, des synergies plus naturelles entre les 3 institutions.

2Qui ? Les places étaient donc plus chères, alors même qu’il faut ménager l’ancien et le nouveau. Sur les 10 ministres en question, 6 rempilent et 4 sont neufs. Ceux qui rempilent sont forcément PS et CDH; les nouveaux sont les trois Ecolos et un PS (plutôt, une, le gouvernement wallon ne comptant à nouveau qu’une femme). Sur ces 4 nouveaux, 3 sont néophytes (Jean-Marc Nollet, premier de cordée verte, fut ministre à la Communauté sous l’arc-en-ciel). Et sur les 6 reconduits, pas un ne conserve en tout ou partie ses attributions sortantes. Même le premier, le double Président Rudy Demotte, récolte en sus les relations internationales. Enfin, forcément, des sortants ne rentrent pas. Qu’ils partent au Parlement européen (Tarabella) ou au gouvernement fédéral (Daerden, Courard), attendent des jours meilleurs (Fonck) ou n’en attendent plus (Donfut, Dupont).

3D’où ? Cette fois, pas une province n’est pas représentée. Les Namurois ne se sentent plus. D’autant qu’à une ministre (Tillieux) s’ajoutent, du cru, deux jeunes présidents de parlement (Hoyos, Luperto). Sur les 10, on dénombre, outre la Namuroise, 1 Brabançon, 1 Luxembourgeois, 3 Hennuyers et 3 Liégeois, sans oublier la Bruxelloise (Laanan). Pas mal, comme proportionnalité. Le même exercice peut évidemment être fait par parti. Et expliquer bien des nominations. Par exemple, au PS, le Thudinien Furlan est arrivé à l’exécutif wallon parce que le Carolo Dupont était out de l’exécutif francophone; tandis qu’il n’échappe à aucun camarade principautaire que la province de Liège ne compte plus qu’1 ministre fédéré PS (Marcourt) contre 3.

4Pour quoi ? Chaque parti est assez bien ancré dans son "core business", pour ne pas le dire en wallon. L’institutionnel (international, pouvoirs locaux), la culture, le social (santé, affaires sociales) ou l’économie (Marshall en tête) au PS, exception faite - assez retentissante - de la fonction publique tombant dans l’escarcelle des verts. A ceux-ci aussi, les questions liées à l’espace (environnement, mobilité, urbanisme, logement) et ce développement durable en partie plus transversal que fonctionnel auquel le titulaire, Jean-Marc Nollet, au portefeuille déjà le plus éclaté, devra donner un périmètre précis. Au CDH, outre les classiques agriculture et ruralité, un choix privilégié du capital humain : l’enseignement obligatoire donc (une première depuis plus de 20 ans), mais aussi la formation (à laquelle joindre l’emploi, le Forem retrouvant dès lors un seul ministre de tutelle, André Antoine)... Second constat, bien des compétences sortantes du PS passent au CDH (Forem, enseignement, budget, travaux publics, sport); et du CDH à Ecolo (mobilité, territoire, logement, enfance, énergie, recherche, environnement). Alternance bienvenue ou, parfois, débarras ? A suivre