Belgique

TÉMOIGNAGE

Ce samedi, dans le cadre de ses 575 ans, l'UCL accueille ses diplômés pour une journée de fête. Plusieurs générations d'étudiants se croiseront dans la nouvelle Aula Magna. Parmi eux, ceux de la première heure néo-louvaniste. En 1972, une partie des étudiants de Sciences appliquées et de Sciences quitte Leuven pour fouler le sol encore boueux de la future ville universitaire. Bernard Lorent, alors en dernière année et président du cercle des étudiants ingénieurs, a vécu l'aventure

«Quand on est arrivé, c'était un gros chantier. Les premiers auditoires étaient tout juste terminés, les chemins pas encore pavés. On mettait des bottes pour aller aux cours. Il y avait des champs tout autour.» Il y avait bien une épicerie, un bâtiment où l'on projetait quelques films, un resto qui avait accompagné le déménagement de Leuven à Louvain, se souvient-il. Mais au-delà des briques, tout restait à construire. «C'était un énorme changement pour nous: on quittait Leuven où la vie étudiante était très intense, avec ses maisons communautaires où se mêlaient toutes les tranches de la population.» De Leuven, ils emportent d'ailleurs un souvenir. «On était après mai 68 et les querelles linguistiques, le pavé était le symbole de la vie étudiante. On en a enlevé un de la Place du Vieux Marché sous l'oeil inquiet d'un policier et on l'a amené en course-relais jusqu'à Louvain-la-Neuve, où il a été replacé sur la Place Sainte-Barbe. Il a ensuite été volé, puis retrouvé. Mais on n'est pas sûr de l'authenticité», sourit Bernard Lorent.

A Louvain-la-Neuve, les étudiants investissent l'embryon de ville universitaire, et s'emploient à lui donner un peu d'âme. Un groupe s'installe dans la ferme du Biéreau, où naît un centre culturel. «Julos Beaucarne y est venu à ses débuts.» «On a beaucoup discuté, avec les autorités de l'université, de la façon de créer une ambiance universitaire la plus sympa possible, se souvient Bernard Lorent. Des bâtiments ont été conçus pour abriter les cercles, avec un bar, un magasin pour les syllabi Il y a vite eu des points de rencontres, d'animation.» Les autres facultés étaient attendues avec une grande impatience.

Devenu assistant, Bernard Lorent vivra quelques années à Louvain-la-Neuve.

Trente ans après, directeur commercial de Nextenso pour l'Europe du Nord, il jette un regard plutôt positif sur l'évolution du site «Ils ont réussi à créer une ville et pas un campus» et de l'université. «Un de mes fils est en Sciences appliquées. L'enseignement a fortement changé, se réjouit-il. Ils ont plus de contacts avec l'industrie et le monde extérieur, une formation plus pratique. Or, il est important de savoir travailler en équipe sur un projet.» Un regret? «Dans les années 60-70, les étudiants s'enflammaient plus pour de grands projets de solidarité. Aujourd'hui ils sont plus discrets.»

© La Libre Belgique 2001