Belgique

Le 6 décembre, les familles d'accueil iront demander au fédéral le droit au congé parental au moment de l'arrivée de l'enfant. Parce que ces enfants ont besoin de toutes les attentions. Témoignage.

Pauline a débarqué la première dans la famille d’accueil. Un bébé de 13 mois, qui s’ajoutait à trois enfants de 6 ans, 8 ans et 10 ans. "Elle restait assise. Elle ne cherchait pas à attraper un jouet. Elle souriait mais elle avait les yeux tristes", raconte Marie-France, sa maman d’accueil. L’arrivée de Pauline reste gravée, avec précision, dans sa mémoire. "Ce qui était frappant, par rapport à mes autres enfants, c’est qu’elle avait besoin de contacts permanents : elle restait collée à moi…"

"Elle se laissait mourir"

Pauline avait peur de tout et, surtout, d’être une fois encore, abandonnée. Cette nouvelle famille était déjà son quatrième lien. A la maternité, on s’est rendu compte que la maman n’était pas apte à s’occuper de son nouveau-né. Pas plus que le papa, toxicomane. La petite est hébergée par sa grand-mère paternelle, qui l’élève pendant 11 mois. Mais la mamy tombe gravement malade. Pauline est alors placée dare-dare dans une famille d’accueil d’urgence, pendant 2 mois, avant d’atterrir dans sa nouvelle famille d’attache.

"A son arrivée, j’ai passé beaucoup de temps avec elle. Heureusement, j’ai pu prendre une pause-carrière. Avec tout ce qu’elle avait vécu précédemment, je n’imaginais pas la mettre chez une gardienne. Il fallait du temps pour l’apprivoiser. Il fallait utiliser toutes les petites choses du quotidien pour créer le lien."

Le premier jour, tout se passe bien. Le deuxième jour, Pauline vomit son biberon. Après 5 jours, elle refuse les repas, avant d’arrêter de boire. "Elle était dans un état de grand désarroi. Elle se laissait mourir : il n’y avait pas d’autre mot", se souvient Marie-France. Sa voix s’étrangle. "C’était l’horreur..." Il a fallu hospitaliser l’enfant, la réhydrater. "Après, pendant un mois, on voyait qu’elle parlait avec son corps de la rupture qu’elle avait vécue. Elle a enchaîné les rhumes, les bronchites, les maladies respiratoires, qui sont les maladies du lien." C’était sa façon à elle de dire qu’elle en souffrait. "J’aurais été très triste de devoir la confier à une personne étrangère à ce moment-là. Elle devait savoir que j’étais un adulte fiable, qu’elle n’a pas connu dans son passé. C’est important d’être là, au début, au moment du cauchemar, de la grosse peur, de la maladie… Si les deux parents travaillent, c’est impossible."

Le trou de la serrure

Judith, 4 ans et demi, est arrivée la seconde, deux ans plus tard, dans la famille de Marie-France. Judith, c’est la grande sœur biologique de Pauline. Les deux enfants, qui ont 14 mois d’écart, ne se connaissaient pas. Judith vivait chez ses grands-parents maternels. Une maison où sa maman se réfugiait quand son compagnon n’avait plus d’argent pour payer le loyer. Avant de disparaître pour quelques semaines ou quelques mois. Judith ne comprenait pas, criait par le trou de la serrure, en espérant la voir. La grand-mère, pour ménager la petite, ne lui expliquait rien.

Une jeune vie chaotique

"Elle se développait très mal. Elle est arrivée ici au mois d’août. A la maison, elle ne voulait que moi, ne me quittait jamais. Elle avait tout le temps besoin d’être rassurée. A l’école, elle demandait tous les quarts d’heure quand je viendrais la chercher. Elle guettait l’horloge…"

La fillette avait une expérience de vie chaotique, notamment par rapport aux repas - une glace, des frites, une gaufre, pris n’importe quand. "Elle avait besoin d’un rythme très régulier. Cela la rassurait. Si j’avais travaillé, je ne l’aurais pas remarqué."

Il a fallu de longs mois pour que Judith trouve ses marques par rapport à sa famille d’accueil. Et vice-versa. L’enfant avait peur des garçons, semait la zizanie dans la fratrie. Une expérience très difficile pour les fils de Marie-Rose. "J’ai dû jouer le tampon. Elle pleurait beaucoup. Il fallait être très patient".

Aujourd’hui, les filles ont grandi. "Tout n’est pas rose", dit Marie-France. "Mais les liens créés restent."