"On est laissés à l’abandon, comme des animaux malades"

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique

Le dispositif "Child Alert", déclenché mardi à l’aube, après la disparition très inquiétante, à Wanze, de Pierre-Alexandre, un garçon de 9 ans atteint de troubles autistiques, et de sa maman, a été levé mercredi matin. Il semble que la mère (46 ans) et l’enfant ont quitté leur domicile dimanche vers 18 heures à bord de la 4X4 Nissan Patrol de Christa Claus. On n’a depuis plus aucune nouvelle des disparus malgré des recherches dans toutes les directions : enquête de voisinage; appel à témoins lancé à grande échelle; survol à basse altitude des environs du domicile de Wanze par un hélicoptère de la police fédérale Mercredi, les autorités judiciaires hutoises ont fait appel à un bateau de la police de Zeebrugge, équipé d’un sonar, pour sonder la Meuse à la recherche du véhicule. En vain. Les recherches se poursuivront ce jeudi.

Mais l’espoir de retrouver les disparus vivants s’amenuise au fil des heures. Aucune opération bancaire n’a été effectuée depuis dimanche par la mère de famille. Surtout, les enquêteurs ont retrouvé à son domicile une lettre de désespoir où Christa Claus indique clairement son intention de mettre fin à ses jours et à ceux de son jeune fils.

Cette double disparition bouleverse Isabelle Delfant-Hoylaerts, qui élève seule ses trois garçons, dont Alessandro, 7 ans, atteint de TED (troubles envahissants du développement). "Je suis très émue et révoltée", nous dit-elle. "Cette maman, je la comprends : je vis la même situation. Voilà 5 ans que je me bats corps et âme pour que le regard des autres change vis-à-vis de l’autisme et des maladies de l’âme. C’est tellement lourd".

Alessandro a été diagnostiqué à 3 ans. "Au départ, les pédiatres vous disent qu’il faut laisser l’enfant grandir à son rythme. Moi, maman, je voyais bien qu’un bébé qui ne pleure pas, qu’un petit garçon qui ne parle pas et qui se renferme, ce n’était pas normal."

Les débuts à l’école maternelle, à deux ans et demi, sont douloureux. "C’est très simple : on me l’a mis dehors, viré, après un mois. Il se sauvait. C’était trop dangereux pour eux, on n’en voulait plus". Les parents, toujours ensemble à l’époque, réussissent à trouver une place pour Alessandro dans l’enseignement spécial. "Un vrai cauchemar. Mon fils revenait très agité le soir. On ne savait pas pourquoi". Un jour, ils ont compris. "Son papa est allé rendre une visite à l’improviste. Alessandro était dans une grande cage, comme pour les bergers allemands, sa boîte à tartines par terre, la couche pas changée On l’avait mis là parce qu’il perturbait les autres". C’était il y a trois ans. Le directeur de l’école s’est excusé; à l’époque, l’ex-mari d’Isabelle Delfant-Hoylaerts n’a pas voulu déposer plainte.

Pour la maman, c’est le début d’une descente aux enfers. "J’ai fait deux tentatives de suicide avant de passer le cap et de redresser la tête. J’ai été très, très faible mais maintenant, je suis redevenue moi-même : une battante". Obligatoire pour cette mère "en solo" qui doit affronter les menues difficultés du quotidien qui sont des détails pour les familles ordinaires mais deviennent pour elle des montagnes. Comme trouver une nounou ou une baby-sitter. Ou offrir des cours de piscine, avec un moniteur privé : "Alessandro s’est fait éjecter du bassin parce qu’il avait fait ses besoins dans son lange spécial piscine".

Les structures d’accueil, pour le week-end, sont très rares : pour la Belgique francophone, il y en a trois, de six places chacune... "Rien n’est prévu pour les enfants autistes. Rien n’est prévu pour aider leurs parents". Les mots se font plus durs : "On est véritablement laissés à l’abandon comme des animaux malades".

Alessandro est placé depuis près de deux ans en internat à Parélie à Bruxelles, une institution psychiatrique pour enfants. Le week-end et les vacances, le petit garçon les passe en famille, avec ses frères et sa maman. "Cette structure l’a beaucoup aidé", indique Isabelle Delfant-Hoylaerts. "Je le reprends en mars, parce que l’orage est passé". Elle a déniché une place dans une école libre d’enseignement spécialisé, Le Piolet, à La Louvière, où la famille réside.

La maman est bien consciente de la chance (!) qu’elle a eue de décrocher une place; son statut de fonctionnaire européen lui ouvre sans doute plus facilement les portes. Elle a raconté son témoignage dans un livre "Pour l’amour d’Alessandro", qui a été préfacé par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et encouragé par la princesse Astrid.

La "Fondation Alessandro R" verra bientôt le jour, avec le projet de créer un centre ouvert pour autistes adultes. La maman cherche des fonds - la vente de son livre ne suffira pas. "Les familles comme les nôtres sont en réel danger de mort. Peut-être pas physique, mais sociale et mentale sans aucun doute".

Annick Hovine

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